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Thierry Beaudet : les conditions du reste à charge zéro

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé pour mai 2018 les premiers textes sur le reste à charge zéro en optique, dentaire et audioprothèse. Pour le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, "tout ne peut pas être remboursé à 100%".

C'est l'heure des négociations entre l'État, l'assurance maladie, les complémentaires santé et les professionnels de santé afin de mettre en place l'une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron : le remboursement à 100% des tarifs des lunettes, des prothèses dentaires et auditives d'ici à 2022.

Agnès Buzyn, a indiqué que "les textes seraient prêts en mai", rappelle Le Figaro, qui précise que la ministre de la Santé a souhaité que cette mesure n'entraîne pas de hausse des cotisations des complémentaires santé.

Dans un entretien qu’il accorde au quotidien, le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, affirme sa "conviction que le reste à charge zéro est une ambition utile".

"Les Français doivent pouvoir accéder à des soins essentiels de qualité sans débourser plus que leur cotisation à la Sécurité sociale et à leur mutuelle", assure-t-il.

Pour y parvenir, Thierry Beaudet considère qu’il faut "avoir une vision globale et systémique, et que toutes les parties prenantes prennent leurs responsabilités : assureurs mais aussi professionnels de santé, assurance maladie, État et patients".

En premier lieu, précise-t-il, "tout ne peut pas être remboursé à 100%". Il faut donc "définir un panier de soins nécessaires et de qualité", et, au-delà, "laisser la liberté aux mutuelles de proposer des prises en charge plus complètes, aux professionnels de santé de prescrire d'autres dispositifs médicaux et aux patients de choisir des options supplémentaires si c'est leur choix".

C'est notamment cette liberté qui rendra possible des innovations dans les prises en charge, bien plus que les trois contrats types de complémentaire santé proposés par le chef de l'Etat. "C'est une mauvaise réponse à la question posée et nous n'y sommes pas favorables", affirme Thierry Beaudet, qui se dit en revanche partant pour que les contrats soient rendus plus lisibles par tous.

De quoi se composerait le panier de base ?

Pour ce qui est de l'optique, le remboursement des montures serait plafonné à 100 euros, ce qui "offre un large choix" souligne Thierry Beaudet. "Cela permet ainsi de rembourser des verres de qualité, y compris amincis et antirayures pour ceux qui souffrent d'une forte myopie".

Côté dentaire, "les paniers de soins pourraient comprendre des prothèses céramiques pour les dents de devant, mais cela ne paraît pas indispensable pour les dents moins visibles".

Enfin, pour les prothèses auditives, il considère qu'"il faut revoir toute la nomenclature afin de mieux définir l'appareil adapté au déficit du patient". Dans 95% des cas, en effet, les malentendants sont équipés de dispositifs haut de gamme et coûteux, "sans que cela soit toujours nécessaire".

"En contrepartie, les cotisations mutuelles vont-elles augmenter ?", interroge Le Figaro.
Si l’on veut l'éviter, prévient Thierry Beaudet, il faut pouvoir "agir sur les prix pratiqués par les professionnels de santé. Quand les tarifs sont libres, on observe une adaptation des prix à la capacité contributive des populations, avec de fortes disparités régionales", fait-il valoir. Aussi, augmenter les remboursements aurait un effet inflationniste. Pour baisser le prix des prothèses dentaires, il faut par exemple "commencer par rémunérer les dentistes correctement sur les soins conservateurs. C'est l'objet des négociations en cours", souligne-t-il.

Quant à l'Etat, il a aussi "sa partition à jouer" car il dispose du levier fiscal. Il pourrait notamment baisser la TVA de 20% sur les verres au taux réduit de 5,5%. "Il pourrait aussi réduire la TSA (taxe de solidarité additionnelle), qui pèse à hauteur de 13,27% sur les mutuelles", suggère le président de la Mutualité Française. D'ici au mois de mai, date annoncée pour les premiers textes, des solutions peuvent être trouvées. "Ce sera plus long sur le dentaire et l'audioprothèse que sur l'optique, où c'est assez simple", prévoit Thierry Beaudet.

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Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)