Thierry Beaudet devant les médecins libéraux : « Nous pouvons faire ensemble »

Thierry Beaudet le 31 août, à la Baule (Loire-Atlantique), dans le cadre de la conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé – médecins libéraux (URPS-ML)

Le président de la Mutualité Française a participé le 31 août 2017 à la conférence nationale des médecins libéraux. Thierry Beaudet a proposé aux praticiens de trouver des solutions au sein des territoires avec l’ensemble des acteurs pour mieux répondre aux défis d'accès aux soins et d'efficience du système de santé.

Quel financement du système de santé pour améliorer la santé publique, répondre aux évolutions et mobiliser les médecins libéraux ? Différents acteurs du système de santé ont été invités à débattre ensemble de ces problématiques d'avenir. Ce débat collégial s'est tenu le 31 août, à La Baule (Loire-Atlantique), dans le cadre de la conférence nationale des Unions régionales des professionnels de santé – médecins libéraux (URPS-ML).

"Nos adhérents sont vos patients. Vos patients sont nos adhérents. Cela nous oblige à dialoguer et à mieux coopérer dans l'intérêt de chacun", a lancé le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, aux médecins libéraux.

Les différents intervenants ont partagé le constat d'un système de santé déficitaire, coûteux et insuffisamment efficient au regard des montants financiers consacrés aux dépenses de santé, soit 11% du PIB. Chacun a pu faire part de ses recommandations pour tenter d'inverser la tendance actuelle.

Qualité et pertinence des soins

Pour Nicolas Revel, directeur général de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), il faut "investir prioritairement pour avancer dans la voie d'une meilleure organisation des soins", "favoriser l'innovation", comme la télémédecine, et "faire évoluer le mode de rémunération des médecins".

Néanmoins, Nicolas Revel a précisé que "la priorité ne peut plus être la seule revalorisation des actes car cette mesure n'a pas d'impact" si elle ne valorise pas une meilleure organisation, la qualité et la pertinence des soins. Cette orientation a été confirmée par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, lors de la clôture de ces rencontres. Plutôt que la revalorisation systématique des actes, la ministre préfère miser sur le renforcement de la prévention.

Par ailleurs, Nicolas Revel a évoqué les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et des plateformes territoriales d'appui, deux dispositifs créés par la loi de modernisation du système de santé pour structurer l'offre de soins. De fait, ce sont "aujourd'hui des objets plutôt virtuels", a déploré le directeur général de la Cnam. Ces sujets mériteraient d'être "inscrits à l'agenda conventionnel afin d'en définir les rémunérations".

Pour sa part, l'économiste Frédéric Bizard a estimé que "la régulation doit venir des professionnels de santé". "De mon point de vue, il est de votre responsabilité de la mettre en place assez vite. Ce n'est ni le rôle de l'Etat, ni de l'assurance maladie, ni des assureurs privés", a-t-il affirmé.

"Faire bouger les lignes positivement"

Face aux enjeux d'accès aux soins et d'efficience, "le système de santé a besoin de souplesse. Il aurait intérêt à davantage mobiliser les mutuelles pour faire bouger les lignes positivement", a appelé de ses vœux Thierry Beaudet. Le président de la Mutualité Française a expliqué que des réponses pertinentes peuvent émaner des territoires, grâce à des collaborations entre les professionnels de santé, les collectivités locales et le mouvement mutualiste fort de ses 2.600 services de santé. "Nous pouvons faire ensemble !"

A l'heure actuelle, la Mutualité Française est déjà investie "dans une trentaine de projets de maisons de santé pluridisciplinaires", a rappelé Thierry Beaudet. Par exemple, une expérimentation est menée à Laval (Mayenne) pour lutter contre la désertification médicale. Il s'agit d'un centre de santé, qui s'adresse aux patients ne disposant pas de médecin traitant, et dont les consultations sont assurées par des médecins retraités ou des internes en stage.

Ce parti-pris en faveur de l'exercice collectif de la médecine est partagé par Christophe Lannelongue, directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Grand-Est. Ce dernier considère que les défis d'avenir appellent une réponse cruciale : "La performance, c'est-à-dire la capacité de bien travailler ensemble." "Développer la prévention, la formation et l'accompagnement des personnes revient à généraliser le travail en équipes et à rémunérer les professionnels de santé en conséquence, afin qu'ils puissent dégager du temps pour les nouveaux projets, indique-t-il. Notre responsabilité collective est engagée."

La Baule, Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)