Texte adopté sur le tiers payant : une mesure « incohérente » pour Etienne Caniard

Il n'y aura ni retrait, ni délai supplémentaire pour le projet de loi de santé et l'amendement gouvernemental sur la généralisation du tiers payant, adopté hier en commission, ne sera pas modifié : tel est en substance le message délivré hier par le Premier ministre aux syndicats de médecins qu'il recevait à Matignon, indiquent Les Echos (page 6). Manuel Valls a également renouvelé son "soutien absolu" et sa "solidarité" à Marisol Touraine. "Après les élections, vous aurez en face de vous le même Premier ministre et la même ministre de la Santé", a-t-il dit, démentant ainsi les rumeurs d'un départ de Marisol Touraine, à l'occasion d'un éventuel remaniement (Le Parisien/Aujourd'hui, page 7).

Le chef du gouvernement a surtout cherché à rassurer les médecins en leur promettant un système "simple". Le tiers payant généralisé ne devra "en aucun cas ouvrir une interface directe entre vous et les organismes complémentaires", a lancé le chef du gouvernement, qui propose un flux unique de paiement piloté par l'assurance maladie. Vis­iblement, le Premier ministre n'a pas réussi à convaincre les médecins puisque les syndicats médicaux MG-France et la CSMF ont appelé à une nouvelle grève le 31 mars.

Sur ce dossier, le gouvernement doit désormais faire également face aux vives critiques de la Mutualité Française. Si elle « soutient le principe du tiers payant", la Mutualité "s'oppose dorénavant au dispositif retenu finalement par l'exécutif et qui a été adopté en commission des Affaires sociales", rapporte Le Figaro-économie (page 21). "Quand il y a deux financeurs (l'assurance maladie et les complémentaires), il ne peut y avoir un flux unique de paiement", fait valoir le président de la Mutualité Française dans Les Echos (page 6). "Ignorer que le tiers payant requiert un engagement des organismes complémentaires pour assumer leur responsabilité économique est une erreur", s'agace Etienne Caniard dans un entretien au site Internet de Libération (www.liberation.fr).

L'amendement adopté est "incohérent" et constitue "une fausse simplification, qui répond apparemment à un seul souci, celui de satisfaire les médecins, poursuit-il. Et cela, alors que les médecins ne rejettent pas le tiers payant pour des raisons techniques, mais pour des raisons bien plus profondes qui ont à voir avec le malaise de leur profession. Vouloir, dans ces conditions, rallier les médecins à tout prix n'est pas le gage de la réus­site !"

Il fallait pourtant obtenir l'accord des médecins ?, interroge Libération. "Sur ce dossier, les pouvoirs publics ont eu toute leur attention focalisée sur les seuls médecins, oubliant l'objectif premier du tiers payant, qui est de lever les obstacles financiers de certains à l'accès aux soins", regrette le président de la Mutualité.

Que proposez-vous ?, questionne le quotidien. "Nous avons posé les jalons d'un système qui conduit, grâce à la carte Vitale, à pouvoir vérifier automatiquement l'ouverture des droits de l'assuré, rappelle Etienne Caniard. […] Notre système marchait. Mais voilà que dans cette affaire, le gouvernement a oublié que le tiers payant ne pourra se faire sans les complémentaires."

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)