Suicide : la prévention, pas la fatalité !

La Mutualité Française et les éditions Pascal ont publié le 25 juin un livre intitulé "Le suicide, un tabou français". Face au cruel manque d’action politique pour prévenir ce fléau, qui provoque 11.000 à 12.000 décès par an, cet ouvrage propose des orientations pour une prévention rénovée.

"Prévenir le suicide est possible et nécessaire." Une affirmation qui donne le ton de l’ouvrage Le suicide, un tabou français, publié le 25 juin par la Mutualité Française et les éditions Pascal. "Dans le respect des personnes et de leurs choix, dans la volonté de leur tendre la main, et non de les rejeter, notre conviction restera que cet acte humain tragique ne sera jamais une fatalité", déclarent les auteurs, le journaliste Gérard Clavairoly, et le Pr Michel Debout, professeur de médecine légale et de droit de la santé à la faculté de médecine de Saint-Etienne (Loire).

Comme ils le rappellent, chaque année, 120.000 personnes tentent de se suicider et 11.000 à 12.000 mettent fin à leurs jours, soit trois fois plus que le nombre de tués sur la route. Ce fléau frappe l’ensemble de la société, des plus jeunes aux plus âgés, et tous les milieux sociaux. Il représente la première cause de mortalité des hommes de 40-45 ans et la seconde chez les jeunes entre 15 et 25 ans.

Les répercussions sur l’entourage sont importantes : "Pour un suicide, 15 personnes proches sont affectées". De fait, 11.000 morts entraînent "165.000 personnes gravement meurtries". Une terrible "onde de choc" dont les effets sont aussi bien individuels que collectifs. "Sa prise en compte, dans la vie des institutions, des entreprises, doit être considérée comme une obligation de santé publique."

Face à ce constat préoccupant, les auteurs déplorent un manque de volonté politique pour améliorer réellement la recherche et instaurer une politique prévention rénovée. Contrairement aux pays du nord de l’Europe et du nord de l’Amérique, "la France n’a pas de véritable culture politique de la prévention sanitaire". "Concernant le suicide et les conduites suicidaires, le constat est flagrant, fustigent les auteurs. Notre pays dispose d’un “plan national de lutte contre le suicide“ mais, dans la réalité, celui-ci est dépourvu de moyens."

Un observatoire et une mission interministérielle

En conséquence, ils plaident pour la mise en place d’une mission interministérielle de prévention du suicide visant à "assurer la cohérence des politiques publiques". Autre avancée jugée primordiale : la création d’"un observatoire des suicides et des conduites suicidaires", organisme réclamé de longue date par de nombreux experts.

Celui-ci mènerait des études épidémiologiques et cliniques afin de mieux connaître les populations les plus exposées, leurs lieux de vie ou encore leurs conditions de travail. Il devrait être "indépendant" et "doté de moyens propres en lien avec les professionnels, les réseaux de services d’urgences des instituts de médecine légale, et les associations concernées", recommandent-ils.

Ces nouvelles connaissances devront, à l’avenir, prendre en compte des réalités telles que la crise économique et sociale, ainsi que la situation des 10% de chômeurs, soit 4 à 5 millions de personnes. S’il n’existe "pas de lien direct entre chômage et suicide", la "dégradation sociale contribue à jeter tous les Français dans un monde plus dur, plus incertain, où chacun ne trouve pas toujours sa place". "Comment comprendre que la prévention du suicide des chômeurs reste toujours à promouvoir ?", s’indignent les auteurs.

Cette prévention plus globale implique également une vision moins individualiste au sein de la société. Le suicide étant l’affaire de tous, la politique de prévention devra se construire autour d’un ensemble cohérent constitué notamment des professionnels de santé, des associations et des familles. Et de conclure : "Il n’y a pas de prévention possible en dehors d’un projet de vivre ensemble, solidaire et fraternel."

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)