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Suicide au travail

Alors qu'un accord sur les accidents du travail est en passe d'être signé entre patronat et syndicats, indique La Tribune (page 33), la dégradation de l'état de santé des salariés ne cesse d'inquiéter. L'alerte est donnée par Le Parisien/Aujourd'hui (pages 2-3) : "Une personne par jour se suicide au travail".

Selon une étude qui vient d'être rendue publique par le Conseil économique et social (CES), on recense en effet dans notre pays entre 300 et 400 suicides annuels dont les causes sont liées aux conditions de travail. Un chiffre en augmentation que le vice-président du CES, Christian Larose, considère comme sous-évalué.

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique dans un rapport que la France se situe au troisième rang mondial des nations "où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses", juste après l'Ukraine et les Etats-Unis. D'après tous les observateurs, la dureté du monde du travail et la précarité sont à l'origine de ce phénomène croissant, qui n'est plus un tabou.

Face à cette situation, les entreprises tentent d'apporter une réponse aux conséquences du stress professionnel. "Hier, la direction d'EDF a annoncé la mise en place d'une mission d'écoute et de compréhension pour les employés de la centrale nucléaire de Chinon, rapporte Le Parisien/Aujourd'hui. Trois employés s'y sont donné la mort ces six derniers mois, quatre en deux ans, dont un reconnu en maladie professionnelle par l'assurance maladie." Mais cette entreprise n'est évidemment pas la seule. Les récents décès survenus chez Renault à Guyancourt (trois morts en deux ans et une tentative de suicide) le confirment.

Pour le représentant du Conseil économique et social, Christian Larose, il ne fait pas de doute que les causes de ces suicides sont à rechercher dans "la résignation" de certains salariés et la dureté des plans sociaux : "Par peur de perdre leur boulot, explique-t-il, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques et un langage insultant." Selon Bernard Salengro, médecin du travail, cité par Le Canard Enchaîné (page 4), cette pression atteint la moitié des salariés. Ce professionnel constate que tout est mis en œuvre par les directions pour conduire les cadres et ingénieurs "à tout donner au boulot". "Il y a trente ans, déplore-t-il, on ne parlait pas de harcèlement moral, mais il y avait des grèves. Aujourd'hui, il n'y a pratiquement plus de grèves mais des suicides." Mais ceux-ci ne semblent pas émouvoir le Medef, estime Le Canard Enchaîné, puisque le syndicat des patrons a refusé "d'inscrire les mauvais traitements moraux dans le texte sur les conditions de travail proposé le 12 mars aux syndicats".

Pour Le Parisien/Aujourd'hui, "ce péril n'épargne pas le service public, en particulier le corps enseignant". Aussi, pour éviter les cas de suicide, le psychiatre Mario Horenstein assure un suivi annuel de 300 professeurs au centre de santé mentale de la Mutuelle générale de l'Education nationale (MGEN). D'après lui, la moitié d'entre eux "souffrent de troubles de l'adaptation avec manifestations de dépression active et 10 % de stress post-traumatique lié à la violence. Il est très important de les aider pour leur éviter de sombrer".

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Selon Les Echos (page 4), les partenaires sociaux siégeant à l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam) s'unissent autour de Frédéric Van Roekeghem dans la négociation qui l'oppose aux syndicats de médecins. Ces derniers réclament toujours une augmentation du tarif de la consultation des généralistes à 23 euros. Pour le président de l'Uncam, Michel Régereau (CFDT), il serait "difficilement justifiable d'accorder l'équivalent de 500 millions d'euros par an aux médecins alors que l'on est en train d'expliquer aux infirmières libérales qu'un tel geste en leur faveur n'est pas possible au vu de la situation financière de la branche".

Le Medef rejoint aussi cette position. Le président de la commission protection sociale du syndicat patronal, Jean-René Buisson, conseille aux médecins d'être "raisonnables", estimant que "l'assurance maladie a déjà fait beaucoup d'efforts" pour eux. Par la même occasion, rapportent Les Echos, "il rappelle aussi que tous les objectifs d'économies n'ont pas été réalisés jusque-là ou ont été obtenus grâce à des politiques engagées avant la réforme", notamment par le contrôle des arrêts maladie.