Stratégie nationale de santé : renforcer la formation en médecine générale

"Le manque de médecins généralistes dans les territoires est un problème dont la gravité est connue, en particulier des élus qui y sont confrontés", soulignent le Pr Vincent Renard, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE) et 32 professeurs d'université signataires d'un appel publié dans Le Monde science & médecine (page 8). "Cette carence contribue à restreindre l'accès aux soins de qualité et aggraver les inégalités sociales de santé", ajoute-t-il. La stratégie nationale de santé (SNS) voulue par Marisol Touraine privilégie les soins de première ligne, en particulier la médecine générale, relève ces universitaires. "Ce choix nécessite que la formation universitaire des futurs médecins généralistes soit un axe prioritaire de la SNS, d'autant plus que la médecine générale n'a été officiellement intégrée dans l'université médicale que depuis 2008-2009, alors que ses acteurs y œuvrent depuis plus de trente ans", rappelle le président du Collège national des généralistes enseignants.

La gestion et l'encadrement des 14.376 internes en médecine générale, actuellement dans le cursus, sont extrêmement difficiles, compte tenu des faibles effectifs d'enseignants généralistes universitaires, déplore le Pr Renard. Les retards s'accumulent et une partie des internes en médecine générale délaisse la discipline pour s'orienter vers un exercice en institution, ce qui aggrave la démographie médicale existante et à venir dans les zones sous-dotées, ajoute-t-il.

Pour le Pr Renard et les médecins universitaires signataires de l'appel, "il est donc urgent que plusieurs titulaires universitaires de médecine générale soient chargés de la formation à la discipline dans chaque faculté de France, comme le prévoyait la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST)". La recherche en médecine générale devrait en outre bénéficier de budgets dédiés et d'appels d'offres spécifiques permettant aux projets de ses enseignants-chercheurs d'être financés comme ceux des autres disciplines, estiment les signataires. "Cette recherche est d'autant plus importante que ses résultats ont pour objet d'améliorer les recommandations pour les professionnels et donc la qualité des soins délivrés aux patients", soulignent-ils.

En conclusion, les professeurs de médecine demandent que "la politique et les décisions soient cohérentes avec la stratégie nationale de santé", ce d'autant plus que "les mesures nécessaires sont identifiées et de coût modeste". L'enjeu est de taille, car ce changement doit permettre "l'accès à des soins efficients pour tous les patients dans tous les territoires".

 

Médecins : Souriez, vous êtes filmés !

L'usage de plus en plus répandu des smartphones et des tablettes ne va-t-il pas, à terme, modifier en profondeur la relation médecin-malade ?, interroge La Croix (page 31), qui rend compte, après Libération hier (pages 14 et 15), de la 10e Conférence internationale d'éthique clinique, consacrée récemment à "la voix du patient". Demain, les hôpitaux ne risquent-ils pas de devenir des lieux où tout peut être filmé, les soins comme les consultations, parfois même sans l'accord des médecins ? Certains patients, atteints de cancer notamment, justifient cette demande par le souci de ne rien oublier alors même que ces consultations les laissent parfois en état de choc et qu'ils ne se sentent pas capables de retenir l'ensemble des informations apportées par le médecin à ce moment-là.

"Depuis quelque temps, nous sommes de plus en plus interrogés par des soignants qui sont en manque de repères juridiques et éthiques face à l'utilisation de ces technologies", témoigne Marie-Eve Bouthillier, chef de l'unité d'éthique clinique du centre de santé et des services sociaux de Laval, au Québec. "Aujourd'hui, il y a un flou juridique sur ces questions. Rien dans la loi de notre pays [le Canada NDLR] n'interdit à un patient de filmer dans un hôpital, ajoute-t-elle. Mais tout dépend ensuite de l'utilisation qui est faite des images, notamment dans les réseaux sociaux." Filmer les consultations ou les soins prodigués aux malades… des pratiques encore relativement rares. "Mais avec la facilité d'accès aux nouvelles technologies, elles risquent de se développer, estime Marie-Eve Bouthiller. Il faut poser des règles éthiques claires sur la manière de concilier les droits des patients avec le respect de la dignité des personnes."

John Sutton

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