Soigner son cancer coûte en moyenne 817 euros au patient

La Ligue contre le cancer veut sensibiliser l’opinion publique sur les restes à charge des patients atteints d’un cancer. Bien que les malades bénéficient pour les traitements d’une prise en charge à 100%, une étude de la Ligue montre qu’ils doivent pourtant débourser en moyenne 817 euros pour se soigner : prothèses, appareillages, dépassements d’honoraires...

En France, on pourrait croire que le traitement d'un cancer ne coûte rien au malade puisqu'il est pris en charge à 100% par la Sécurité sociale. C'est faux ! Une récente étude de la Ligue contre le cancer montre que le reste à charge moyen d'un patient est de 817 euros, qu'il dispose ou non d'une couverture santé complémentaire. "Ce montant est une moyenne. Il est très variable en fonction des cancers", indique le Pr Philippe Bergerot, vice-président de la Ligue et président de la commission actions pour les malades.

Au total, 70% des personnes déclarent avoir eu des frais non remboursés et près d'un malade sur deux a été confronté à une baisse significative de ses revenus. "Pour les plus vulnérables, c'est un élément de précarité", affirme Philippe Bergerot, également radiothérapeute au pôle hospitalier mutualiste de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

Jusqu'à 1.000 euros à sortir de sa poche

Selon la situation sociale et financière du patient, ces coûts supplémentaires peuvent avoir des conséquences tragiques. Ils peuvent atteindre "1.000 euros pour les deux ou trois premières années de traitement et aller jusqu’à 50 euros par mois durant les premiers mois", déplore le vice-président de la Ligue. Même pour les patients qui disposent d'une complémentaire santé, le reste à charge est rarement nul.
Ces dépenses concernent essentiellement des appareillages ou des traitements, soit "60 à 72%" du reste à charge des patients. Il s'agit, par exemple, de prothèses mammaires ou capillaires, de protections urinaires ou de compléments alimentaires. "Ce sont des éléments essentiels dans la vie de tous les jours sinon le malade ne sort pas de chez lui et se retrouve isolé", rapporte le Pr Bergerot.

Une femme atteinte d'un cancer du sein doit ainsi débourser en moyenne 145 euros pour sa prothèse mammaire en silicone et 134 euros pour des produits de soins. De la même façon, un patient souffrant d'un cancer colo-rectal doit financer ses poches, les protections contre l'incontinence, à hauteur de 262 euros. Pour cette dernière pathologie, les besoins des patients peuvent se traduire par un coût de "136 à 1.080 euros", indique l'étude de la Ligue.

Des patients "hésitent à retourner voir un médecin de secteur 2"

D'autres dépenses sont dites "transversales" car elles touchent plusieurs types de cancers. Elles représentent "entre 67 euros et 329 euros" pour les prothèses capillaires et 133 euros environ pour les déplacements, comme ceux en ambulance. Enfin, le budget consacré aux compléments alimentaires peut aller de "50 à 830 euros".

A tout cela, s’ajoutent les dépassements d'honoraires qui peuvent concerner des actes lourds, comme une reconstruction mammaire, mais aussi tout simplement des consultations de secteur 2. "Lors d’une consultation facturée 50 euros, le malade n'est remboursé par le régime obligatoire que sur la base du tarif de la Sécurité sociale. Ce montant est de 23 euros ou 27 euros selon que le malade respecte ou non le parcours de soins", rappelle Philippe Bergerot.

De ce fait, de plus en plus de patients "hésitent à retourner voir un médecin de secteur 2". Désormais, certains essayent de trouver des "prix plus faibles ailleurs". "Cela paraît un peu fou dans le domaine de la santé", lance-t-il. Les franchises, qui ne sont pas prises en compte dans l'étude alourdissent la note "d’une centaine d’euros par an".

Plus d'un quart des malades renoncent à des soins

Face à toutes ces difficultés, 26,5% des malades ont "renoncé ou repoussé un acte médical, un achat d'appareillage ou toute autre dépense liée à la maladie, peu ou pas remboursée". Pour 7% des personnes, les sommes nécessaires n'ont pas été réunies... Et lorsqu'ils décident de faire face à ces coûts, c'est le plus souvent en puisant dans leurs économies, au détriment de projets ou de loisirs (67%). D’'autres font appel à une assistance sociale pour les aider (22%), à la solidarité familiale (17,4%), mais aussi à leurs amis (4,9%).

Les associations sont citées dans 13,4% des cas. Dans les comités départementaux de la Ligue, les dons aux malades pour les aider à financer leurs restes à charge ont représenté "4 millions d’euros en 2007, rapporte Philippe Bergerot. L'aide moyenne varie entre 500 et 800 euros par malade et par an." Le nombre de malades qui en font la demande est en augmentation constante...

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)