Services à la personne : plus d’accidents du travail

La fréquence des accidents du travail (AT) est au plus bas depuis soixante-dix ans, mais elle est en hausse dans le secteur des services à la personne.

La fréquence des risques professionnels "se stabilise en France depuis deux ans, qu'il s'agisse des accidents du travail (AT), de trajet ou des maladies professionnelles", indique Marine Jeantet, directrice des risques professionnels de la Cnam, sur le site de La Croix.

Avec un indice de 33,9 accidents avec arrêt pour mille salariés en 2015, cette fréquence n'a même jamais été aussi basse depuis soixante-dix ans, preuve que les politiques de prévention dans les secteurs considérés comme très "accidentogènes" (le BTP, la chimie, le bois, la métallurgie) produisent leurs effets sur la "sinistralité".

"Mais à y regarder de plus près, on constate des situations préoccupantes. Ainsi, sur le long terme, la courbe du nombre d'AT est certes orientée à la baisse (737.499 accidents en 2001, contre 624.525 en 2015). Mais elle remonte depuis deux ans avec 4.000 accidents supplémentaires en 2015 par rapport à 2014", souligne La Croix.

"La fréquence des accidents est particulièrement forte pour les services à la personne, avec une moyenne de 92,7 AT pour 1.000 salariés, en forte progression (entre 3 et 4%) par rapport à 2014", précise Marine Jeantet.

"On peut émettre, par hypothèse, que cela explique l'évolution asymétrique du risque entre les sexes", poursuit Florence Chappert de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact). En effet, même si les hommes restent deux fois plus exposés que les femmes, le nombre d'AT les concernant a baissé de 28% sur la période 2001-2014, alors qu'il augmentait de 24% pour les femmes.

"Or celles-ci sont majoritaires dans les postes d'aide soignante ou d'aide à domicile, métiers dont on a tendance à sous-estimer la dureté physique, avec beaucoup de ports de charge des patients", souligne Florence Chappert. Sans doute faut-il y voir une explication de la montée en flèche des lombalgies qui représentent désormais 19% des accidents du travail et coûtent près d'un milliard d'euros par an à la collectivité, soit autant que la facture des autres troubles musculo-squelettiques (TMS).

"C'est énorme. Un vrai problème de santé publique auquel il est urgent de s'attaquer", considère Marine Jeantet. Pour développer la culture de prévention qui fait encore largement défaut dans ce secteur, la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) devra négocier avec l'Etat le montage d'un programme national spécifique qui pourrait être mis en place en 2018.

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John Sutton

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