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Sécu et mutuelles à l’heure des réformes

La Sécurité sociale fête cette année ses 70 ans, rappellent Les Echos et Le Figaro (tous deux pages 2 et 3). Cet anniversaire, écrit le président de la Mutualité Française dans une tribune publiée sur liberation.fr, est l'occasion de dresser un bilan et d'envisager de nouvelles perspectives par le biais de réformes. Car celles-ci, prévient Etienne Caniard, "s'imposent et concerneront nécessairement tous les acteurs de la protection sociale, l'assurance maladie en premier lieu mais aussi les mutuelles".

Le principe d'un double financement de notre protection sociale "fête lui aussi ses 70 ans", souligne-t-il, rappelant que la Sécurité sociale s'est historiquement bâtie "en appui des “complémentaires”, dont certaines, telles que les mutuelles, avaient préfiguré le régime mis en place". Depuis plusieurs décennies, la part d'intervention de chacun des acteurs est restée stable : environ 76 % pour l'assurance maladie et 13 % pour les complémentaires.

Mais cette stabilité cache une "évolution de fond", observe Etienne Caniard, celle du "retrait de l'assurance maladie des soins courants". Finalement, a-t-il fait remarquer dans l'émission Le Grain à moudre, diffusée hier à 18h20 sur France culture, la Mutualité Française est "un assureur paradoxal", car jamais elle "n'a revendiqué de prendre du terrain à l'assurance maladie. Au contraire, c'est le seul assureur complémentaire qui s'est toujours plaint quand sa matière assurable augmentait. C'est-à-dire que nous avons toujours dénoncé les reculs de la Sécurité sociale. Pourquoi ? Tout simplement parce que notre objectif, ce n'est pas de conquérir des parts de marché, c'est d'essayer de faire en sorte que les Français voient leur reste à charge diminuer".

La Mutualité Française est "un assureur paradoxal", car jamais elle n'a revendiqué de prendre du terrain à l'assurance maladie.

Face à cette "nouvelle donne" une "clarification des rôles respectifs de l'assurance maladie et des mutuelles dans la solvabilisation des soins" s'impose, écrit Etienne Caniard dans Libération. Celle-ci "passe notamment par une place accrue des mutuelles dans la régulation des soins".

On pourrait aussi imaginer une autre distribution des rôles, a suggéré le docteur Christian Lehmann, lui aussi invité du débat de France culture, avec la sociologue Colette Bec : par exemple la possibilité d'étendre au niveau national le système de santé en vigueur en Alsace-Moselle où, "pour 1,5% de plus que la cotisation de Sécurité sociale, vous avez la cotisation Sécurité sociale et la couverture complémentaire". Une Sécu qui rembourserait directement plus, selon ce généraliste, qui ne coûterait pas plus cher, d'autant qu'elle dispose déjà des flux informatiques. C'est un régime qui "appartient au passé", a rétorqué Etienne Caniard, soulignant que ce système n'empêche en rien les dépassements d'honoraires, ni, par conséquent, les renoncements aux soins.

Notre système de protection est construit sur un modèle épidémiologique et de financement qui a vécu.

Pour autant, assure le président de la Mutualité dans sa tribune de Libération, "dire qu'il ne faut rien changer relève de l'erreur de diagnostic". "Notre système de protection est construit sur un modèle épidémiologique et de financement qui a vécu", et "n'est pas armé pour répondre à la fois au vieillissement de la population, à la chronicité des pathologies et permettre à chacun de bénéficier du progrès médical", observe-t-il. Les jeunes en situation précaire, les chômeurs de longue durée et les retraités sont les premiers à n'avoir pas accès à des mutuelles "parce qu'aux difficultés financières qu'elles rencontrent fréquemment, s'ajoute l'absence d'aides financières concentrées sur les contrats complémentaires collectifs réservés au monde du travail", déplore Etienne Caniard.

"On se trompe de cible quand on répond au problème d'accès aux complémentaires en le centrant sur le monde du travail", insiste-t-il sur les ondes de France culture. Pour lui, s'il est nécessaire de faire évoluer la Sécurité sociale, il faut aussi "faire évoluer son pilier complémentaire". "Ces réformes sont nécessaires, conclut-il dans Libé, et les mutuelles prendront leur part dans le travail qui s'impose en veillant au respect de principes intangibles : l'universalité, la justice et la solidarité."

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Retraités : Thierry Beaudet dénonce "un nouveau coup de canif"

Drôle de symbole ! Alors que la Sécurité sociale fête aujourd'hui ses 70 ans, voici que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2016 éloigne la couverture maladie de sa vision universaliste. "C'est un projet de loi du passé qui ne répond pas du tout aux enjeux d'un système à bout de souffle. En créant des voies spécifiques d'accès à la complémentaire santé pour les plus de 65 ans, on ne fait qu'empiler les dispositifs catégoriels avec la couverture maladie universelle complémentaire, l'aide à la complémentaire santé, etc. C'est un nouveau coup de canif au caractère universel du système (…)" , réagit le président du groupe MGEN dans Les Echos (page 26).

Pour Thierry Beaudet, ce projet de loi stipule, dans son esprit, que "pour organiser l'accès aux soins, il faut segmenter les populations. Il nous dit aussi qu'il faut penser la santé comme un champ marchand hyperconcurrentiel, avec une réglementation du panier de soins et une mise en concurrence sur le seul critère du prix. Les fondateurs de la Sécurité sociale doivent se retourner dans leur tombe".

Le président du groupe MGEN déplore également le fait qu'"aucune concertation préalable" n'ait eu lieu avec les organismes complémentaires. Pour éviter à l'avenir un tel scénario, "il faut que le mouvement mutualiste soit uni et sa fédération forte pour mieux se faire entendre et respecter (…)". La Mutualité doit "assumer un rôle de leadership et être le centre de gravité de la protection sociale en France", assure Thierry Beaudet.

Interrogé sur le rapprochement du groupe MGEN avec Harmonie mutuelle, il précise que le nouveau groupe devrait "voir le jour au courant du premier semestre 2016, si possible avant la fin du premier trimestre". L'objectif est d'être "un acteur global de santé, mutualiste, présent sur la gestion du risque et qui sera aussi un offreur de soins très important via ses établissements de santé, ses centres optiques ou dentaires, notamment".

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)