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« Santé & travail » : l’usure des jeunes travailleurs

Le dernier numéro du magazine "Santé & travail" consacre son dossier au "destin précaire des jeunes travailleurs". Soumis à des conditions de travail éprouvantes pour la santé, ces actifs souffrent parfois d’une usure prématurée.

Pour de nombreux jeunes, décrocher un contrat à durée déterminée (CDD) relève du parcours du combattant, en particulier pour les non diplômés. Dans cette course à la (relative) stabilité professionnelle, les jeunes actifs s’épuisent physiquement et moralement dans des boulots précaires, comme le montre le magazine "Santé & travail" dans sa dernière livraison qui consacre son dossier au "destin précaire des jeunes travailleurs".

Aujourd’hui, parmi les 15-29 ans, "un jeune actif sur trois est sous contrat temporaire et un sur quatre recherche un emploi", écrit la journaliste Clotilde de Gastines. En outre, poursuit-elle, "les périodes de travail souvent intenses des jeunes sont ponctuées d’épisodes d’inactivité, de chômage ou de sous-emploi".

Intensité et conditions de travail difficiles font le lit d’une usure professionnelle et personnelle qui se traduit par des accidents du travail et des maladies professionnelles dont les statistiques officielles masquent la sous-déclaration. Selon l’économiste Philippe Askenazy, le taux de sous-déclaration est estimé à 20% pour l’ensemble de la population : il avoisinerait les 59% chez les moins de 30 ans !

Comme l’explique Marie Pascual, médecine du travail, "le suivi médical des jeunes précaires est bâclé. Qu’ils soient intérimaires ou en CDD, la problématique est la même. Ils ne sont pas formés, sont mal encadrés, stressés. Ils vont tâcher de montrer qu’ils y arrivent. C’est un facteur de risque. Du coup, ils sont sur des postes à risque sans le savoir […]".

"La situation empire"

Le parcours de Sylvie illustre ces difficultés. Assistante sociale, elle est embauchée à trois-quarts temps dans un service d’aide à domicile pour évaluer les besoins des personnes âgées et s’occuper du planning du personnel. "Payée à temps partiel, elle travaille parfois jusqu’à 21 heures, afin de pouvoir gérer l’activité de sa collègue en arrêt maladie.

Et cela sans soutien de sa hiérarchie, laquelle modifie les tournées des aides à domicile à la dernière minute, au mépris des horaires légaux et des délais de prévenance", relatent Annie Deveaux et Christian Torres, tous deux médecins du travail. Sylvie tiendra un an à ce rythme avant d’être mise en inaptitude médicale pour, finalement, quitter ce métier.

Le cas de la jeune femme n’est malheureusement pas isolé. Comme l’affirme Elsa Fayner, auteure de "Et pourtant je me suis levée tôt… Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires", "la situation empire" pour les jeunes. "Les CDD très courts explosent. L’intérim a reculé et offre peu de perspectives d’évolution, à moins d’être embauché chez le client." De quoi désespérer les candidats à l’emploi…

Jean-Michel Molins

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)