Santé : Generali lance l’assurance comportementale

Arrêter de fumer, se remettre au sport ou consommer davantage de fruits et légumes pour obtenir réductions et récompenses : c'est la détonante promesse de Generali. Pour la première fois en France, l'assureur italien va inciter ses clients à améliorer leur santé moyennant rétribution, annoncent Les Echos. Ce "dispositif de coaching santé et bien-être des salariés" suscite déjà de nombreuses réactions, "mais pourrait préfigurer la couverture d'entreprise de demain", commente L'Argus de l'assurance.

A partir du 1er janvier 2017, en effet, ce programme de prévention à destination des entreprises et de leurs salariés, baptisé Generali Vitality, "sera proposé gratuitement aux 134.000 entreprises ayant souscrit un contrat de santé et/ou de prévoyance collectif chez Generali France, sans aucune obligation de l'actionner", détaillent Les Echos.

En pratique, les salariés qui le souhaitent livreront des informations sur leur état de santé via un questionnaire en ligne : état civil, âge, poids, taille, alimentation, pratique d'activités physiques, qualité du sommeil, bilans sanguins…. " Et ce n'est pas tout, précise Le Monde, qui consacre sa "une" au lancement de cette nouvelle offre : ils doivent aussi renseigner leur "situation par rapport au stress, consommation de tabac, et fréquence de rencontres des professions médicales".

"En fonction des réponses, ils recevront des objectifs personnalisés (se remettre au sport ou baisser son indice de masse corporelle, par exemple) et des recommandations pour y arriver", poursuivent Les Echos.

Si les objectifs sont atteints, le salarié reçoit des réductions chez les partenaires de Generali, comme l'enseigne de cartes cadeaux Wedoogift.com ou le Club Med. En France, où ce programme ne concerne que les contrats collectifs, la réglementation ne permet toutefois pas d'octroyer des réductions sur la cotisation, contrairement à l'Allemagne, où le programme Generali Vitality est adossé à des contrats individuels.

"En gratifiant ou en pénalisant le consommateur, un assureur pourra-t-il influencer son comportement ?", s'inquiète malgré tout Le Monde. "Il faut distinguer les données sur lesquelles l'assuré peut ou ne peut pas agir. Les comportements à risque, comme le fait de fumer par exemple, ne peuvent pas être traités sur le même plan que les maladies héréditaires", estime, dans le quotidien, Pascal Demurger, directeur général de la Maif.

Autre inquiétude suscitée par cette nouvelle offre : inciter aux bonnes pratiques d'hygiène de vie est-il du ressort d'un assureur ? C'est la question que pose Mathieu Escot, responsable des études à l’UFC-Que choisir : "Il n'est pas toujours évident de définir ce qu'est un "bon" comportement, encore moins de le mesurer. On peut avoir des raisons légitimes, à un moment de sa vie, de ne pas cocher les cases du "bon" comportement".

"Le spectre de l'assurance au comportement, liant la cotisation à l'état de santé de l'assuré" n'est pas loin, prévient L'Argus de l'assurance. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, s'est d'ailleurs inquiétée de l'exploitation des données personnelles, rappelant sa volonté de "ne pas permettre aux assureurs d'accéder de manière simple, sans filtre, à ces données de santé".

Une prudence que partage Pascal Demurger : dans ce jeu de  mistigri, souligne-t-il, " un assureur va essayer d'attirer les bons risques et rejeter les mauvais sur les autres". Or, "c'est un jeu dangereux pour le secteur, avec un risque de dumping tarifaire".

Un jeu également porteur d'injustice pour le consommateur, comme le relève Guillaume Maujean dans son édito des Echos : "A force d'individualiser les contrats, l'assurance ne s'éloigne-t-elle pas de son rôle originel, qui est de partager les risques au sein d'une société ? Les bons élèves sont récompensés par de meilleurs tarifs. Mais les moins bons – les malades chroniques ou les obèses dans le cas d'espèce – ne risquent-ils pas, in fine, d'être exclus du système ?"

On le voit, conclut Le Monde, "en répondant au désir d’individualisation, l’assurance au comportement interroge aussi nos choix de société".

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Sabine Dreyfus

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