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Nanoparticules : alerte sur la santé alimentaire

Une étude de "60 Millions de consommateurs" s'inquiète de la présence de dioxyde de titane sous forme de nanoparticules dans des aliments de consommation courante. L'information des consommateurs sur l'utilisation de ces matériaux n'est pas effective, alors que les soupçons de toxicité se renforcent.

Dans les chewing-gums, dans les bonbons, dans les gâteaux, dans les sauces ou dans le dentifrice… l'additif E171, ou dioxyde de titane, est présent partout, parfois sous forme de nanoparticules.

Or, dans cette présentation-là, ce pigment aux propriétés blanchissantes et opacifiantes, serait un "matériau à l'innocuité non garantie". C'est ce que révèle le numéro de septembre 2017 du magazine 60 Millions de consommateurs, qui a mené une enquête sur dix-huit produits sucrés, tels que bonbons, desserts glacés ou biscuits. Résultats : 100% d'entre eux contiennent des nanoparticules de dioxyde de titane, dans des proportions variées.

Dans certains de ces aliments, le E171 est même exclusivement présent sous cette forme nanoparticulaire. Problème : aucun d'entre eux ne le signale, malgré le règlement européen sur l'information du consommateur (Inco). Depuis décembre 2014, ce texte oblige en effet les fabricants à apposer entre crochets la mention "nano" devant le nom de l'additif employé sous cette forme.

Pour justifier leur manquement, certains industriels prétendent ne pas utiliser de nanomatériaux, rapporte 60 Millions de consommateurs. D'autres évoquent une présence "accidentelle".

"Si c'est le cas, cela sonne comme un aveu de négligence et un manque de contrôle de leurs circuits de production, dénonce Magali Ringoot, responsable des campagnes d'Agir pour l'environnement (lire interview), pour qui "il est plus probable que les industriels profitent du flou de la définition même de nanoparticules pour ne rien indiquer".

Des substances incontrôlées

En juin 2016, cette association de mobilisation citoyenne en faveur de l'environnement avait, elle aussi, tiré la sonnette d'alarme sur la présence de nanoparticules dans nos assiettes, à travers une enquête portant sur quatre produits alimentaires de grandes marques, parmi lesquels des chewing-gums, des biscuits industriels et de la blanquette de veau.

D'après elle, les nanoparticules décelées dans ces produits de consommation courante seraient "dangereuses, inutiles et incontrôlées", alors même qu'elles ne servent qu'à rendre plus attractif un produit en modifiant sa couleur, sa brillance ou sa texture.

Or, les conséquences de ces nanoparticules sur la santé sont encore insuffisamment documentées. On sait toutefois que leur taille microscopique favorise leur passage dans l'organisme humain, par les voies respiratoires mais aussi digestives ou cutanées.

Dès avril 2014, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) publiait un avis recommandant des mesures de restriction sur l'usage des nanoparticules et appelant à la mise en place d'un encadrement réglementaire européen renforcé.

Effet cocktail

Le dioxyde de titane est classé dans le groupe des cancérogènes possibles chez l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) depuis 2006, essentiellement pour le cancer du poumon après exposition par inhalation, rappelle-t-on. En 2015, l'Anses a proposé de renforcer ce classement en catégorie 1 B, qui correspond aux substances dont le potentiel cancérogène pour l'être humain est supposé, lorsqu'elles sont inhalées.

Outre le non-respect de la réglementation en matière d'étiquetage des produits, c'est aussi l'effet cocktail sur la santé, lié à l'accumulation de ces particules dans l'organisme, qui inquiète. "Evidemment, à l'échelle des industriels, chacun d'entre eux n'a pas l'impression de tuer quelqu'un, souligne Danielle Lanquetuit, coordinatrice de l'Association de veille et d'information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanoparticules (Avicenn), mais le problème, c'est la multiconsommation ! Il faut être conscient de ce que l'on met dans notre caddie. Et, pour cela, il faut pouvoir accéder à l'information".

Lésions précancéreuses

"Malgré la progression des connaissances scientifiques, les incertitudes restent importantes quant aux effets des nanomatériaux sur la santé et l'environnement", soulignait l'Anses, en septembre 2016. Plusieurs travaux tendent toutefois à démontrer que les nanoparticules ont la faculté de traverser la barrière gastro-intestinale et peuvent donc se retrouver dans le foie, les reins, le cœur ou le cerveau.

C'est le cas d'une étude de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), dont les résultats ont été publiés en janvier 2017. Ces travaux ont montré qu'après une semaine d'exposition de rats à des doses de dioxyde de titane proches de l'exposition humaine, cet additif avait été absorbé par la paroi intestinale et se retrouvait dans les cellules de l'intestin et du foie, avec un affaiblissement des réponses immunitaires. Pire : "Après une exposition de 100 jours, on constate chez 40% des rats une apparition spontanée de lésions précancéreuses au niveau du côlon", relate Fabrice Pierre, directeur de recherche du Centre de recherche en toxicologie alimentaire (Toxalim) de l'Inra. "Le E171 est donc initiateur de cancer. Il a également un effet promoteur, car il aggrave des lésions déjà présentes".

Poursuivre l'évaluation

Les auteurs de cette étude précisent toutefois que ces résultats, s'ils montrent un danger dans un modèle animal, ne sont pas transposables à l'homme en l'état. "Nos travaux apportent un faisceau d'arguments pour aller plus loin dans les recherches et apporter les données nécessaires pour réguler l'utilisation de cette substance", explique Eric Houdeau, directeur de recherche à Toxalim.

Dans un rapport d'avril 2017, l'Anses a confirmé à la fois la validité de ces travaux et le besoin d'études supplémentaires. "Il est désolant de constater que, face à des bénéfices privés, on doive consacrer des investissements publics pour des évaluations toxicologiques qui devraient précéder la mise sur marché et qui, en réalité, courent derrière", déplore pour sa part Danielle Lanquetuit. "Quand on développe un usage de masse, il faut s'inquiéter des conséquences", s'emporte celle qui se présente comme "une citoyenne privée d'une information légitime".

En juillet dernier, huit organisations non gouvernementales (ONG) ont adressé une lettre ouverte à huit ministères, les pressant de prendre des décisions après de multiples réunions depuis deux ans.

Le 31 août 2017, les ministres de la Transition écologique, de la Santé, de l'Agriculture et de l'Economie ont demandé à l'Anses d'"avancer dans ses évaluations du dioxyde de titane" et renvoyé aux Etats généraux de l'alimentation en cours le débat sur les "usages des nanoparticules dans l'alimentation, au regard des bénéfices attendus et incertitudes sur le plan sanitaire".

En savoir +

Cliquer ici pour lire l'avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) d'avril 2017 sur l’exposition alimentaire aux nanoparticules de dioxyde de titane.

Cliquer ici pour lire les résultats de l'étude de l'Inra sur l'exposition orale aux nanoparticules de dioxyde de titane.

Cliquer ici pour consulter le site Agir pour l'environnement.

Cliquer ici pour consulter le site veillenanos de l'Association de veille et d'information civique sur les enjeux des nanosciences et des nanoparticules (Avicenn).

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)