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Samu social de Nice, une main tendue pour le retour aux droits

Christelle Giuliani, à droite sur la photo, aux côtés de l'équipe pluridisciplinaire du Samu social de Nice.

La Mutualité Française entame ce jeudi 5 octobre 2017 une série de réunions interrégionales destinées à nourrir le débat sur l'accès aux soins et l'évolution de la protection sociale. A Nice, première étape de ce tour de France, ses représentants rencontrent aujourd'hui le personnel du Samu social, géré par la Mutualité Française Paca Ssam (services de soins et d'accompagnement mutualistes). Interview de sa coordinatrice, Christelle Giuliani.

Quelle est la vocation du Samu social de Nice ?

Christelle Giuliani – Notre action s'inscrit dans la lutte contre le non-recours aux droits. Concrètement, les personnes auprès desquelles nous intervenons ont souvent des droits, qu'elles ne font pas valoir car elles ne sont pas en état de le faire. A un moment de leur vie, elles ont tout laissé filer et abandonné toute démarche. Notre rôle est de les aider à retrouver leurs droits, à accéder à des soins et ainsi à stabiliser leur situation.

Ce public est généralement loin du stade d'un retour à l'emploi. Il y a souvent une addiction à l'alcool installée depuis de nombreuses années, avec toutes les pathologies associées : problèmes digestifs, maladies du foie, atteintes dermatologiques… Il est souvent face à un cumul de difficultés, d'ordre social, sanitaire et psychologique.

Depuis 1997, nous agissons directement sur le terrain, au contact de ces populations. Contrairement aux services sociaux traditionnels, qui ne se déplacent pas, nous avons la possibilité d'aller sur place évaluer très rapidement une situation.

Quelles sont les spécificités de vos interventions ?

Christelle Giuliani – Nous avons trois modes d'intervention : la maraude, le signalement et le rendez-vous. Pour les maraudes, nous avons deux véhicules qui sillonnent les rues de Nice. Lorsque nous apercevons une situation de précarité, nous nous arrêtons, nous nous présentons et discutons avec la personne.

Pour les trajets, nous avons repéré des lieux sensibles, comme les jardins publics, les rues commerçantes et les abords des centres commerciaux. L'idée est de ne pas rester sur un point fixe : nous n'attendons pas que les gens se présentent, c'est nous qui allons au-devant des personnes en difficulté.

Prioritaires sur la maraude, les signalements peuvent provenir du numéro gratuit d'urgence, le 115, ou d'un autre partenaire, comme le centre communal d'action social (CCAS) ou le CHU de Nice, eux même prévenus par des particuliers.

Dernier type d'intervention : le rendez-vous. Il a lieu dans la rue, là où la personne se trouve, et vise à l'accompagner dans ses démarches. Lorsque je dis "accompagner", c'est "accompagner physiquement" auprès d'une administration ou d'un service de soins.

Par exemple, pour déposer une demande d'aide médicale d'Etat (AME), le bénéficiaire a besoin d'une domiciliation. Dans ce cas, nous le conduisons au CCAS, qui est habilité à produire ce justificatif. Face à un problème de santé, nous nous chargeons de la prise de rendez-vous en consultation à l'hôpital et nous accompagnons la personne.

Qui sont les personnels du Samu social qui interviennent auprès de ce public en difficulté ?

Christelle Giuliani – Nous fonctionnons avec une équipe pluridisciplinaire salariée, composée d'assistantes sociales, d'infirmières et d'un psychologue clinicien. Une accueillante sociale est également présente dans le cadre du Service civique. Nous intervenons tous les jours de l'année, notamment grâce à un pool d'une vingtaine de bénévoles qui nous assistent le week-end et les jours fériés. Les missions du week-end sont différentes, car la plupart des structures sont fermées. Notre rôle sur ces périodes est davantage dans le contact et le lien que dans l'accès aux droits ou aux soins.

Quel est votre bilan sur l'année écoulée ?

Christelle Giuliani – En 2016, nous avons rencontré 699 personnes différentes, dont 79% d'hommes et 21% femmes. Nous avons réalisé 341 accompagnements vers des structures, dont la moitié ont une finalité sanitaire, mené 2925 entretiens, et traité 836 signalements.

Il y a autant de situations différentes que d'individus. Parmi les personnes que nous avons aidées, nous avons eu des nouvelles d'un monsieur sans domicile, dont la santé se dégradait et qui n'avait aucune ressource. Nous l'avons accompagné pour un bilan cognitif, et pour une demande de mise sous protection. Il a été placé sous tutelle et vit aujourd'hui en hôtel meublé.

Une autre personne, dans une situation sanitaire critique, pouvait prétendre à des ressources mais avait toujours refusé d'en faire la demande. Nos infirmières ont réussi à la convaincre. Elle a ainsi pu se faire opérer d'une hernie, toucher le RSA et est aujourd'hui à la retraite. Nous travaillons avec une multitude de partenaires et n'avons pas forcément de retour sur les situations que nous prenons en charge : nous sommes là pour passer le relais.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)