Révolution numérique : le modèle mutualiste doit « s’autodisrupter »

Jean-Louis Davet, directeur général du groupe MGEN, publie dans Les Echos, une tribune sur l'impact de la révolution numérique sur le mouvement mutualiste.

"Le numérique est un bouleversement de même ampleur que l'invention de l'écriture ou de l'imprimerie, dont nous tardons encore pleinement à prendre la mesure", estime Jean-Louis Davet, directeur général du groupe MGEN, dans les pages "idées-débats" du site des Echos.

Dans cette tribune, Jean-Louis Davet pose les enjeux de la révolution numérique. Dans le domaine de la santé, "la consolidation des données personnelles disponibles sur chacun est en passe de permettre l'identification des déterminants individuels de santé, constate-t-il. Il en résulte le formidable espoir d'une médecine essentiellement préventive (…) et l'anticipation de traitements plus efficaces pour un allongement de la vie en meilleure santé".

En matière d'assurance, "la traditionnelle asymétrie d'information favorable à l'assuré est en train de changer de camp au profit de l'assureur. La maîtrise et le croisement des "data" permettent déjà de renforcer la prédiction de l'occurrence du risque, et ce, catégorie d'assurés par catégorie d'assurés, voire individu par individu. Le passage de la mutualisation à l'individualisation du risque est en passe de devenir réalité, menant à une assurance santé comportementale", estime-t-il.

Ce changement de paradigme est-il souhaitable ? "Tout dépendra des garanties qui seront offertes aux assurés en contrepartie des données partagées, écrit Jean-Louis Davet. Mais gageons que seule une promesse de services véritablement utiles et une transparence de l'usage fait de ces données, garante du respect de la vie privée, convaincront les assurés d'entrer dans une autre relation avec leur assureur."

Plus globalement, explique Jean-Louis Davet, la révolution numérique questionne le modèle mutualiste dans ses fondements : "La large mutualisation du risque, les terrains d'expression des adhérents et les modes de représentation démocratique." "Si le mutualisme doit conserver un rôle majeur, tant ses valeurs n'ont rien perdu de leur pertinence dans cette nouvelle société numérique", ce modèle "doit se réinventer en profondeur".

De quelle manière ? En sortant du "confinement et de l'institutionnalisation qui produisent bien peu d'innovation", estime-t-il. "Nous assistons à la fin d'un cycle et, s'ils ne veulent pas disparaître, nos groupes mutualistes doivent aujourd'hui être capables de "s'autodisrupter" en revisitant leurs valeurs, sans les renier, au regard de la révolution en cours."

Par ailleurs, les groupements mutualistes doivent aussi "profiter des immenses potentialités qu'offrent les plates-formes numériques pour proposer de nouveaux services, valoriser encore davantage l'acte d'adhésion à la mutuelle et ainsi tracer un avenir à cette belle ambition du mutualisme", conclut-il.

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John Sutton

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