Revenu universel : un sujet qui divise

Le premier débat entre les sept candidats à la primaire de gauche a été très feutré. Seules les questions du revenu universel et de la loi Travail ont été sources de divergences.

Le premier débat de la "Belle Alliance", hier soir, laisse les commentateurs sur leur faim. "Aucun des candidats n'a crevé l'écran", regrette Le Parisien, qui en conclut que "les deux autres débats ne seront pas de trop pour convaincre les électeurs de gauche de se rendre aux urnes de la primaire".

"Primaire : un premier débat sans grand relief ", titrent Les Echos, qui observent que "les candidats sont restés sur leurs positions, sans tomber dans la polémique" et que "le revenu universel a été au centre des échanges sur l'économie".

Sur le revenu universel ou revenu de base, les divergences ont été notables, note Libération. Pour son principal promoteur, Benoît Hamon, "le revenu universel est le nouveau pilier de la protection sociale que nous devons aux jeunes". Vincent Peillon lui oppose qu'à terme, le revenu universel coûterait 400 milliards d'euros par an et qu'il "faudra prélever en impôts supplémentaires". Même inquiétude chez Arnaud Montebourg. S'il reconnaît le coût, Benoît Hamon aime à citer l'exemple de la Sécurité sociale, qui apparaissait très dispendieuse à sa création, il y a soixante-dix ans. Il propose notamment de réviser la fiscalité sur le patrimoine pour financer en partie le dispositif.

"Ce débat illustre clairement les différences entre les candidats dans leur rapport au travail et à sa fonction sociale", analyse Libération. Manuel Valls, dont la proposition d'instaurer un revenu minimum décent est très éloignée de celle de Benoît Hamon, puisqu'il s'agirait de fusionner une dizaine de minima sociaux et d'ouvrir ce dispositif sous conditions de ressources, a rappelé l'importance de la valeur travail à ses yeux. "Je veux une société du travail, une société qui met le travail au cœur, je veux qu'on donne de la rémunération au travail." Arnaud Montebourg et Vincent Peillon avaient déjà usé de cet argument dans les médias.

"Quand Michel Rocard a mis en place le revenu minimum d'insertion (RMI), on a parlé d'une société qui encouragera l'assistanat, la paresse. Et quand Martine Aubry a mis en place la CMU, on disait que les pauvres allaient consommer plus de soins, ça n'a pas été le cas", a rétorqué Benoit Hamon. Pour le député des Yvelines, pas question donc d'accuser son projet d’encourager à l’oisiveté.

Par ailleurs, lors des échanges sur la loi Travail, les divergences se sont révélées patentes. "Je l'abrogerai. Elle pose d'énormes problèmes", a proclamé Arnaud Montebourg, relève Le Parisien.  Tout en reconnaissant "les explications ratées", Manuel Valls s'est dit "convaincu" que la loi est "une avancée". "J'entends abrogation. Abroger quoi ?", a ajouté Manuel Valls, en évoquant des "droits nouveaux" pour les salariés.

Outre l'article 8 sur le temps de travail, d'autres mesures sont dans le collimateur de Benoit Hamon et d'Arnaud Montebourg : le référendum d'entreprise, la réforme de la médecine du travail et la clarification des motifs de licenciement économique pour "sécuriser" l'employeur face au juge, qui fait redouter une "facilitation" des licenciements.

A contrario, Arnaud Montebourg cite, comme éléments "intéressants", le droit à la déconnexion ou le compte personnel d'activité. Deux mesures de la loi El Khomri qui font davantage consensus. Pour sa part, Benoît Hamon, qui prône une réduction du temps de travail, s'engage à abroger la loi "immédiatement" afin "que notre Code du travail continue de prévaloir sur les accords négociés par les branches et les entreprises".

A lire aussi dans la presse

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)