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Résidus de médicaments dans l’eau : un plan pour mieux cerner les risques

Les ministères chargés de la Santé et de l’Ecologie ont lancé conjointement un "plan national sur les résidus de médicaments dans l’eau", le 30 mai. Son objectif : mieux connaître les risques éventuels des traces de médicaments retrouvées dans l’eau potable, et mieux les prévenir.

Les résidus de médicaments présents dans l’eau potable sont-ils dangereux pour la santé ? Cette question se pose avec une acuité particulière en France, premier consommateur de médicaments en Europe et 4e au monde.

En février, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a mené une analyse sur ce phénomène. Les résultats ont montré la présence de certaines molécules à l’état de traces infimes dans un quart des échantillons recueillis. Il s’agit essentiellement de caféine, d’antiépileptiques et d’anxiolytiques. Ces résidus proviennent principalement des urines humaines et des déjections des animaux d'élevage.

"Nous ne tirons absolument pas la sonnette d’alarme sur l’eau potable. Toutefois, il s’agit d’un risque émergent", commente la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors d’une visite à la faculté de pharmacie de l'université Paris-Sud à Chatenay-Malabry (Essonne) le 30 mai.

Des effets encore méconnus

Les conséquences sanitaires et environnementales de ces rejets sont encore mal connues. Plusieurs signaux ont pourtant été relevés par les chercheurs. Le Pr Yves Levi, directeur du laboratoire santé publique-environnement (LSPE) de la faculté de pharmacie, cite certains effets de résistance bactérienne dus à la dissémination d’antibiotiques humains et vétérinaires. Par ailleurs, de nombreuses études font état d’une "féminisation" des poissons. On compte de plus en plus de poissons femelles, ce qui rend plausible la présence de perturbateurs endocriniens.

Le Pr Yves Levi évoque également d’éventuels effets "anti-inflammatoires ou cancérigènes". Depuis les années 1950, la chimie médicale "a connu un développement phénoménal mais toutes les molécules qui ont contribué à augmenter la qualité de vie se retrouvent… dans l’eau", explique-t-il. "Les études menées sur ce phénomène vont permettre de faire progresser nos connaissances et de trouver de meilleures solutions de gestion."

Promouvoir un meilleur usage du médicament

Pour mieux évaluer le risque éventuel lié à la présence de ces molécules et engager des mesures en vue de limiter leur dispersion dans l’eau, les ministères en charge de l’Ecologie et de la Santé lancent un plan national sur les résidus de médicaments dans l’eau (PNRM).

Ce plan d’action a été présenté conjointement par Nathalie Kosciusko-Morizet et Sophie Delaporte, directrice adjointe de la Santé, le 30 mai. Sa réussite "repose sur la prévention, en limitant les rejets médicamenteux dans l’eau, et sur la recherche, pour améliorer les connaissances afin de mieux cerner les impacts sanitaires et environnementaux", souligne la ministre.

A partir de 2012, plusieurs "bassins ateliers" seront mis en place pour analyser les micropolluants, dont les résidus de médicaments font partie. Par ailleurs, une vaste étude clinique va évaluer l’impact sur la santé de la consommation d’eau du robinet, dès la vie fœtale. Il s’agit de la cohorte Elfe, qui suivra 20.000 enfants sur vingt ans.

Ce plan a également pour mission de "sensibiliser la population au bon usage du médicament", indique le ministère en charge de l’Ecologie. Il convient ainsi d’éviter "toute consommation et prescription inadaptées de médicaments à usage humain ou vétérinaire, qui ne peuvent qu’aggraver la contamination environnementale". De nouvelles campagnes de sensibilisation de la population sont prévues. "Il n’est pas seulement question des rejets médicamenteux dans l’eau, mais de l’ensemble de la politique du médicament en France", conclut Sophie Delaporte.

Alexandra Capuano

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)