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Relais Kap Ouest : dépasser le handicap

Des participants au relais Kap Ouest

Rallier la plage de Kerpape à La Baule, soit 145 kilomètres, en 24 heures : défi relevé par les 130 participants au relais Kap Ouest, les 19 et 20 mars ! Cet événement, organisé notamment par le centre mutualiste de rééducation et réadaptation de Kerpape, a réuni des sportifs handicapés et valides.

"Sur un kayak, je suis libéré de mon fauteuil !" Philippe est un fervent adepte de ce sport. Ce 19 mars, dès 7 heures, il se prépare avec une dizaine d'autres personnes, handicapées ou pas, à effectuer la première étape du relais Kap Ouest. Cet événement sportif rallie la plage de Kerpape, près de Ploemeur (Morbihan), à La Baule (Loire-Atlantique), soit 145 kilomètres, en 24 heures.

Au total, quelque 130 personnes vont se relayer au cours de 21 étapes adaptées aux capacités de chacun. La manifestation est notamment organisée par le centre mutualiste de rééducation et réadaptation fonctionnelles de Kerpape, géré par la Mutualité française Finistère-Morbihan, et le centre de soins de suite et de réadaptation de Pen Bron, situé près de La Turballe (Loire-Atlantique).

Vêtu de sa combinaison étanche, Philippe est paré pour la traversée de 6 kilomètres qui reliera la plage de Kerpape au village de Gâvres. Le top départ est fixé à 8 heures. Les soignants du centre l’aident à accéder à son bateau. "Hormis pour l’installation et le départ, il est possible de pratiquer ce sport de manière autonome", indique Philippe. C’est l'un des objectifs poursuivis par les organisateurs : montrer qu'il est possible de pratiquer n'importe quel sport, quels que soient ses capacités ou son âge.

Devise de la compétition : "Ni haut, ni vite, ni fort" !

"Ni haut, ni vite, ni fort" : détournant la devise olympique, une affiche apposée sur le camping-car de l'organisation rappelle l'état d’esprit des participants. Car l'important est de réaliser ce défi "ensemble", souligne la Dre Véronique Tsimba, spécialisée en médecine physique et de réadaptation à Kerpape. A l'image de tout sport, ce raid vise aussi "l'épanouissement" des personnes, rappelle son collègue, le Dr Christophe Charbonnier.

C'est cette motivation qui a poussé Nicolas à s'inscrire à la première étape. Il est novice dans la pratique du kayak et s'informe sur les manœuvres à effectuer. Nicolas a été séduit par la perspective d'une sortie en mer et compte bien aussi profiter de l'ambiance amicale. "Je ferai une autre étape, en handbike, en début d'après-midi. Je dois y retrouver un ami", lance-t-il.

Le centre de Kerpape consacre des moyens importants au sport, qui comporte de multiples avantages pour les personnes en situation de handicap. En premier lieu, il est prescrit dans le cadre de la rééducation. C'est le cas, par exemple, de la pratique de la sarbacane pour les patients tétraplégiques. Cette discipline permet de "développer le plan diaphragmatique", donc la capacité respiratoire, indique le Dr Pierre Verschoore, spécialisé en médecine physique et de réadaptation.

Autre exemple d'indication : le réentraînement à l'effort pour les personnes atteintes de pathologie cardiaque, comme Jean-Claude, qui participe à la troisième étape de Kap Ouest. Ce parcours de quelques kilomètres est réalisé à pied. De nombreux adhérents de l'association Cœur et santé, dont Jean-Claude est le trésorier, se sont joints à l’étape. "La plupart des membres de l'association ont suivi une rééducation cardiaque", indique-t-il. Après la réadaptation cardio-vasculaire, les patients doivent continuer à pratiquer une activité physique. "Pour être efficace, elle doit être soutenue !", sourit la Dre Catherine Hubert, cardiologue au centre de Kerpape, en marchant d'un bon pas.

Outre son intérêt au cours de la période de rééducation, "le sport permet d’intégrer un circuit social", explique le Dr Verschoore. Pour ces raisons, dès lors qu'une personne émet le vœu de pratiquer un sport, "l'équipe soignante se donne la possibilité de réfléchir aux conditions d'une pratique sûre. Il n'existe pas, a priori, de limite à la réflexion", ajoute-t-il.

Selon la pathologie, l'équipe soignante peut être conduite à concevoir des aides techniques, parfois très innovantes. Des ergothérapeutes et orthoprothésistes participent à l'élaboration du matériel. Ainsi, pour les kayaks : un siège moulé a été conçu pour les personnes paraplégiques. Un dossier réglable vient soutenir le torse des sportifs dont l'atteinte musculaire empêche un bon équilibre. Autre exemple : l'hippocampe, conçu au centre de Kerpape. Ce fauteuil roulant se caractérise par des roues épaisses et une large emprise au sol qui facilitent les déplacements sur le sable. Il est utilisé pour les personnes paraplégiques inscrites à l'étape de kayak.

Stéphanie : "Une façon d'être moins isolée"

A 12h30, au départ de la cinquième étape, à Plouharnel, Stéphanie a rejoint l'équipe des coureurs. Destination : La Trinité-sur-Mer, située à 7,5 km. "Je devais participer à la traversée en kayak, de Locmariaquer à Arzon, plus tard dans l'après-midi", raconte cette jeune femme de 25 ans. Elle a dû y renoncer à cause d'une douleur au bras apparue la veille. "Elle est due à une lombalgie."

Soignée à Rennes depuis plus d'un an pour cette pathologie, elle suit aujourd'hui un programme d'entraînement sportif à son domicile. "Seule, c'est difficile, c'est pourquoi j'ai accepté de participer à ce raid. C'est aussi une façon d'être moins isolée", poursuit cette ancienne manutentionnaire dans la grande distribution, en arrêt maladie depuis octobre 2007. "Cela permet aussi d'oublier ma douleur."

19h30 : une brochette de cyclistes prend place au départ de l'étape de Sarzeau en direction de Billiers, à 28 kilomètres. Michel est accompagné de son ergothérapeute. Ce patient, amputé de la main et de la jambe droites, pratique le vélo avec aisance, grâce au port de prothèses. Il se prépare avec un plaisir évident à effectuer ce parcours aux côtés de ses compagnons. Des responsables du centre de Kerpape et de la Mutualité française Finistère-Morbihan se joignent à l'équipe. Une manière de soutenir cette manifestation sportive au-delà de la participation financière ! Le lendemain, à 9 heures, une vingtaine de sportifs franchissent les derniers mètres. Pari gagné !

Milène Leroy

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)