Régionales : la France sous le choc

Le pays se réveille ce matin sous "le choc" de la percée historique du Front national au premier tour des élections régionales. Les listes FN arrivent en tête dans six des treize nouvelles régions : Nord-Pas-De-Calais-Picardie, Paca, Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, Bourgogne-Franche-Comté, Centre. Dans une France encore traumatisée par les attentats du 13 novembre, le parti de Marine Le Pen a capté environ 28% des suffrages, devançant la droite (27%) et le PS (23,5%), selon les dernières estimations du ministère de l'Intérieur.

Un électeur sur deux n'est pas allé voter, moins qu'au premier tour des élections régionales de 2010, mais pratiquement autant qu'aux départementales de mars dernier. Pourquoi une telle défiance des électeurs ?, interroge La Croix (page 3). "La dimension économique alimente l'idée grandissante que les hommes politiques (…) n'ont plus de prise avec la réalité, répond Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof (Sciences Po). Ce phénomène est dévastateur, mais il y a aussi d'autres tendances lourdes que les politiques ont du mal à appréhender. La première, c'est l'individualisation de nos sociétés. Le second aspect, c'est la mondialisation."

"Le choc", titrent à l'unisson – fait rarissime – Le Figaro et L'Humanité. A dix-huit mois des présidentielles, Le Parisien/Aujourd'hui voit désormais "Le FN aux portes du pouvoir", comme Libération, pour qui "Ça se rapproche". Les Echos répercutent "le coup de tonnerre du FN", tandis que La Croix explique : "Le FN monte encore, le débat se crispe."

Appelant à un "barrage républicain", le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a annoncé un retrait des listes socialistes dans le Nord et en Paca. Et 66% des sympathisants de gauche sont favorables au front républicain. Cependant, l'issue du second tour, dimanche prochain, reste incertaine dans plusieurs régions, souligne Le Parisien/Aujourd'hui (page 11). Selon un sondage Odoxa, réalisé pour ce quotidien, en cas de duels droite/FN au second tour des régionales, 59% des Français voteraient pour la droite, contre 41% pour le Front national.

Loin de la "vague bleue" espérée à droite, l'alliance LR-UDI-MoDem est ressortie en tête dans seulement quatre régions (Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Ile-de-France et Normandie). De son côté, le PS s'est classé premier en Bretagne et en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Le président de Les Républicains, Nicolas Sarkozy, a refusé "toute fusion et tout retrait" pour contrer l'extrême droite au second tour, dans les régions où la droite se retrouve en troisième position.

Le pays fait face à une première dans une élection intermédiaire, avec un "double vote sanction" pour le gouvernement – dont c'est la 4e défaite – mais aussi pour la droite, estime Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop. "Le grand chelem pour la droite, c'est fini" et "la bipolarisation est morte", conclut-il.

Alexis Brézet fait le même constat dans son éditorial du Figaro (page 25) : "La France politique est désormais divisée en trois tiers, et l'avènement de cette "tripartition" (…) va bouleverser la donne et durablement déstabiliser les partis traditionnels." Au 2e tour, fusion ? Désistement ? "Rien ne serait pire qu'une droite donnant l'impression de mitonner avec la gauche sa "soupe à l'union" pour sauver des places et des postes", écrit l'éditorialiste du Figaro.

En revanche, dans Libération (page 2), Laurent Joffrin estime que "tout républicain conséquent doit comprendre que le pire est devant lui. Et tout faire pour l'éviter". "Il faut d'abord combattre les maux qui ont fait naître le Front : l'impuissance publique, le désespoir populaire, l'incapacité à opposer aux imprécations frontistes contre l'immigration une politique humaine et crédible", considère l'éditorialiste.

En bref

Social

– "Quand le patient donne son avis, son médecin le soigne mieux." La décision médicale partagée permet de meilleurs choix thérapeutiques et favorise la bonne observance du traitement. Le Figaro page 20.

– "Chirurgie : restructuration en vue." Près d'une soixantaine de petits services de chirurgie pourraient disparaître ou être restructurés d'ici à 2020. Le Figaro-économie page 28.

– "Le Roux rêve de la Santé." Le patron des députés socialistes, Bruno Leroux, viserait le ministère de la Santé, en cas de remaniement, selon Le Journal du dimanche page 10.

– "Après les attentats, les plans d'urgence auscultés." Pompiers, médecins et personnels hospitaliers ont commencé à étudier la façon dont les urgences sont intervenues la nuit du 13 novembre, pour anticiper une éventuelle "prochaine fois". Le Monde de dimanche-lundi page 15.

– "Emploi à domicile : la baisse des charges devrait permettre un rebond de l'activité." Dans un amendement au collectif budgétaire, le gouvernement a porté de 75 centimes à 2 euros par heure travaillée la déduction de charges sociales dont bénéficient les particuliers employeurs. Les Echos page 6.

Santé

– "80,25 millions pour le Téléthon." L'événement caritatif du week-end devrait rapporter plus de 80 millions d'euros, soit une légère baisse par rapport à 2014. La Croix page 6.

– "Les anxiolytiques favorisent la maladie d'Alzheimer." La prise de benzodiazépines chez les plus de 65 ans augmenterait de 60% le risque de développer une démence. Les Echos page 15.

– "Médicaments : fronde contre la pub aux Etats-Unis." Une puissante association de médecins américains dénonce les effets des spots TV sur les dépenses de santé. Le Monde Eco & entreprise de dimanche-lundi pages 1 et 3.

John Sutton

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