Régime minceur pour l’assurance maladie ?

François Hollande "au pied du mur" : la même expression revient dans les titres des Echos (pages 1 à 3) et du Figaro (page 22) pour commenter la situation économique du pays, à la veille de la troisième conférence de presse du chef de l'Etat. Les journaux économiques se concentrent sur les contours du "pacte de responsabilité" annoncé aux entreprises. Mais pour Le Parisien/Aujourd'hui (page 4) et Libération (pages 1 à 5), le tour d'horizon devrait être plus vaste et concerner, en particulier, la Sécurité sociale.

Les deux dossiers sont liés, souligne Pierre-Alain Furbury dans Les Echos, car pour baisser les charges des entreprises, il faudra réduire les dépenses publiques. La diminution du coût de travail via une baisse des cotisations familiales, versées par les employeurs, apparaît comme la "piste privilégiée" par le gouvernement, estime Le Monde daté de dimanche-lundi (page 8). Mais cet allégement devra bien être financé par d'autres recettes. Lesquelles ? "C'est l'inconnue", répond le président CFTC de la Caisse nationale d'allocations familiales (Cnaf) au Parisien/Aujourd'hui (page 4).

Reste donc à trouver de nouvelles économies, ce que Libération résume d'une formule : "La parole est à la baisse de la dépense." Chacun a en mémoire les vœux télévisés de François Hollande, qui épinglait les "excès" et les "abus" en matière de Sécurité sociale. Pour le journaliste Luc Peillon, c'est surtout sur les dépenses d'assurance maladie que le gouvernement devrait faire porter l'effort : "Promotion des génériques, développement de la chirurgie ambulatoire, déremboursement de médicaments."

Ce régime minceur peut-il se conduire sans douleur ? Des gisements d'économie résident encore dans les dépenses "inutiles" ou "inadéquates", répond Claude Evin dans le même numéro de Libération (page 24). "La France se caractérise par une propension à prescrire des prestations ou des produits plus chers que ceux que justifieraient les recommandations scientifiques", écrit ainsi l'ancien ministre des Affaires sociales.

Un seul exemple sur les statines, ces médicaments prescrits contre le cholestérol : si nous adoptions les mêmes prix et la même structure de consommation que l'Allemagne, ce sont 500 millions d'euros d'économies qui seraient faits sans effort.

Au-delà du mauvais usage des ressources collectives, c'est "l'organisation de notre système de santé qu'il faut repenser", en prenant mieux en compte "l'explosion des pathologies lourdes et chroniques", écrit Claude Evin. "Pour sauver notre système de santé solidaire, il faut […] le réformer en profondeur : introduire plus de prévention, organiser la médecine de premier recours et son articulation avec l'hôpital" et "sortir de l'hospitalo-centrisme", notamment.

C'est dans ce contexte que les syndicats de médecins libéraux vont tenter en 2014 d'obtenir des revalorisations de leurs actes. On lira dans Le Figaro daté de samedi (page 22) la liste de leurs revendications. MG France, le principal syndicat des généralistes, réclame un tarif de 56 euros pour les visites médicales à domicile ; la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) souhaite l'extension à certaines consultations complexes du tarif de 69 euros, réservé jusqu'à présent aux professeurs des universités et praticiens hospitaliers (PU-PH).

Les syndicats préparent également la négociation sur la rémunération pour le travail en équipe, qui doit s'ouvrir en février. "En clair, il s'agit de déterminer le cadre dans lequel pourraient travailler ensemble les médecins et les autres professionnels de santé (infirmières, kinés, pharmaciens), autour des patients", explique Le Figaro. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souhaite avancer rapidement sur ce dossier, qui touche à la médecine de premier recours, l'un des axes principaux de sa stratégie nationale de santé.

Des choix difficiles s'annoncent donc pour le gouvernement, entre économies immédiates et investissements à long terme. Comme l'observe Claude Evin dans Libération, les défauts de coordination sont des "facteurs de non-qualité" et donc des "coûts évitables". Mais les réformes "demanderont du temps" et "leurs effets ne seront pas immédiats".

A lire aussi dans la presse - Hausse du prix du tabac : efficace ou non ?

Le prix des cigarettes augmente aujourd'hui de 20 centimes, soit la troisième hausse en quinze mois. Le paquet le plus vendu atteint désormais la barre symbolique de 7 euros, contre 2 euros en 1993. Le Parisien/Aujourd'hui (page 9) propose une infographie qui associe le nombre de cigarettes vendues et le prix du paquet. En deux décennies, la consommation a pratiquement baissé de 51% : les ventes devraient atteindre 47,5 milliards de cigarettes en 2014, contre 93,6 milliards en 1993. Parallèlement, le prix du paquet correspond à 45 minutes du salaire d'un salarié au Smic, contre 23 minutes vingt ans auparavant.

Pour autant, les spécialistes interrogés par Hélène Haus ne sont pas unanimes sur l'efficacité d'une telle hausse des prix. D'abord en raison du développement du marché parallèle. Ensuite parce que "l'effet repoussoir" sur les fumeurs n'interviendrait qu'avec des hausses plus élevées encore, "d'au moins 1 euro", estime Bertrand Dautzenberg, le président de l'Office français de prévention du tabagisme. Selon lui, les ventes diminuent surtout en raison des interdictions de fumer dans les lieux publics et du développement de la cigarette électronique.

Pascal Lelièvre

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