Radiologie : « graves dysfonctionnements » dans le Nord et l’Aisne

Le ministère de la Santé a chargé le 23 janvier l’inspection générale des Affaires sociales (Igas) d’une mission sur les "graves dysfonctionnements" découverts en novembre 2007 dans cinq cabinets de radiologie du Nord et de l’Aisne. Les craintes portent sur des erreurs de diagnostic et des contaminations dues au non-respect des règles d’hygiène. Pas moins de 7.500 patients seront rappelés pour un contrôle.

"Une sale affaire." C’est en ces termes que le site Internet de L’Express a révélé, le 22 janvier, une série d’incidents de radiologie dans cinq cabinets situés dans les départements du Nord (Anzin, Fourmies, Hautmont et Wattignies) et de l’Aisne (Hirson). Le ministère de la Santé a confirmé dès le mercredi 23 janvier les informations publiées dans l’hebdomadaire.

"Suite au signalement d’employés fin novembre 2007" de ces cinq centres, des "écarts de pratique" ont été constatés, indique un communiqué du ministère. Plusieurs enquêtes ont alors été diligentées par les services du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports (Ddass de l’Aisne et du Nord), les inspections du travail concernées ainsi que par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Non-respect des règles d'hygiène

Ces inspections ont mis en évidence de "graves dysfonctionnements, notamment dans le registre de la qualification des personnels opérant les radiologies et établissant leur compte rendu, du respect des règles d’hygiène et des procédures de contrôle des appareils de radiologie", déplore le ministère de la Santé. Dès le 7 décembre, "le radiologue incriminé a été suspendu par le préfet de l’Aisne où il était inscrit au conseil régional de l’ordre des médecins". "L’activité est depuis complètement interrompue dans les 5 cabinets", précise le communiqué.

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a diligenté le 23 janvier une mission de l’inspection générale des Affaires sociales (Igas) sur cette affaire. Elle devra "faire le bilan des écarts aux règles et recommandations dans les différents domaines concernés, au sein de ces cabinets, et préciser les responsabilités des personnes impliquées, sans préjudice des résultats des procédures judiciaires engagées", précise le communiqué.

La mission devra aussi "analyser les éventuels dysfonctionnements du circuit d’information et de prise en charge du dépistage organisé du cancer du sein dans les départements de l’Aisne et du Nord" et "faire le bilan des investigations et actions conduites concernant les différents risques auxquels ont pu être exposés les patients et les professionnels".

Mise en place d’un numéro vert

Une première expertise a d’ores et déjà été réalisée par le Pr Pruvost du centre hospitalier régional et universitaire (CHRU) de Lille, vice président de la Société française de radiologie, sur le risque de perte de chance lié à de mauvais diagnostics. "Cette expertise a conduit à la décision d’informer les patients ayant bénéficié, au moins sur la période 2006-2007, d’une mammographie ou d’une radiographie du thorax, ainsi que leurs médecins traitants en conseillant, aux patients de consulter leur médecin traitant qui jugera de la nécessité éventuelle de prescrire à nouveau les examens nécessaires", indique le ministère. Le recensement des patients concernés est en cours d’achèvement mais, selon L’Express, plus de 7.500 personnes pourraient ainsi être rappelées pour un contrôle. Un numéro vert a été mis en place : 0800.880.770.

Deux autres enquêtes sont en cours. L’ASN devrait déterminer "très prochainement" l’existence d’un risque lié aux rayonnements délivrés aux patients et à la radioprotection des personnels. Un comité d’experts, mis en place sous l’égide de la direction générale de la Santé et de l’Institut de veille sanitaire (InVS), analyse actuellement "le risque infectieux lié aux pratiques sanitaires". Les inquiétudes portent en particulier sur le manque d'hygiène lié à l’usage de sondes d’échographie endopelvienne (par voie vaginale ou rectale). Le comité devra "décider des recommandations adaptées". Ces conclusions sont attendues pour la semaine prochaine…

Pascal Renaudineau

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