Quels leviers pour réguler le système de santé ?

Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric, et Thierry Beaudet, président du groupe MGEN.

Thierry Beaudet (MGEN) et Guillaume Sarkozy (Malakoff Médéric) réclament un rôle accru des complémentaires dans l’organisation des parcours de soins et la maîtrise des dépenses de santé.

Invités le 28 mai par l’Asso­ciation des journalistes de l’information sociale (Ajis), Thierry Beaudet, président du groupe MGEN, et Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric, ont dénoncé, d’une même voix, "le carcan réglementaire" qui pèse aujourd’hui sur les complémentaires santé.

Les coûts que nous supportons sont de plus en plus importants, mais on ne nous accorde aucun rôle et nous sommes cantonnés au statut de payeur aveugle.

Thierry Beaudet s’inquiète également de la banalisation de l’offre avec les nouveaux contrats responsables, ainsi que du durcissement des règles prudentielles. Résultat : un "champ de contraintes" où les "marges de différentiation sont de plus en plus étroites" et où la concurrence ne peut plus se faire "que sur les prix".

Un système d’autant plus "absurde" que les effets obtenus sont contraires à ceux escomptés, a estimé de son côté Guillaume Sarkozy : "A cause des nouveaux contrats responsables, 98 à 99% de nos contrats vont devoir être mo­difiés. Avec, dans certains domaines comme la chirurgie et l’obstétrique, une hausse moyenne du reste à charge de 274, 80€ !"

"Faire confiance aux acteurs"

Pour Thierry Beaudet, "plutôt que de réglementer le panier de soins, il faut faire confiance aux acteurs pour réguler le système de santé et organiser les parcours de soins". En pratique, mutuelles et institutions de prévoyance réclament de pouvoir inclure les médecins dans les réseaux de soins, aujourd’hui uniquement autorisés pour les chirurgiens-dentistes, les opticiens et les audioprothésistes.

L’assurance maladie, qui in­carne la solidarité nationale, conventionne tous les professionnels de santé.

"Les complémentaires, qui sont en concurrence, devraient pouvoir se différencier en contractua­lisant avec ceux qu’elles choi­sissent", affirme Guillaume Sarkozy. Pour les complémentaires, il ne s’agit pas simplement de maîtriser les dépenses de santé, mais de pouvoir intégrer les médecins dans des programmes de prévention ciblés, tels que ceux expérimentés en entreprise pour le dé­pistage de l’hypertension, ou en­core de permettre la rému­nération de pratiques innovantes, comme la téléméde­cine. Guillaume Sarkozy va même plus loin, arguant que les complémentaires devraient pouvoir aiguiller leurs assurés vers les praticiens les plus performants.

Un système gagnant-gagnant

Pour Thierry Beaudet, l’objectif est surtout de participer au développement de nouveaux modes d’exercice de la méde­cine : "De plus en plus de mé­decins délaissent la pratique libérale isolée, argumente le président de la MGEN. Nous sommes disponibles pour organiser avec eux des modes d’exercice collaboratifs en travaillant dans une logique respectueuse des intérêts de chacun. Avec, à la clef, des économies qui pourraient atteindre 1,9 milliard d’euros." Un système gagnant-gagnant donc, qui permettrait d’agir directement sur les restes à charge.

Données de santé

Outre un assouplissement de la loi Le Roux, Thierry Beaudet, président de la MGEN, et Guillaume Sarkozy, délégué général de Malakoff Médéric, ont plaidé pour un accès des complémentaires aux données de santé détenues par l’assurance maladie. Objectif : "Etre plus efficient, explique Thierry Beaudet, en ciblant les populations auxquelles s’adressent les programmes de prévention et en ayant les moyens, en­suite, d’en évaluer la pertinence."
Pour sa part, Guillaume Sarkozy demande même un accès aux données personnelles non anonymisées, afin de "construire une transversalité dans l’offre de soins", en dépistant, par exemple, les risques iatrogéniques au sein des assurés. Quant aux possibles dérives des complémentaires qui pourraient chercher à sélectionner leurs assurés, Guillaume Sarkozy rappelle qu’il s’agit d’un délit puni par la loi.
"Le consentement personnel est un sujet majeur", estime Thierry Beaudet, qui rappelle les propositions du président de la Mutualité Française, Etienne Caniard : "Revoir les prérogatives de l’Institut des données de santé (IDS) qui agirait en qualité de tiers de confiance, mettre tous les acteurs concernés autour de la table et se fixer des règles déontologiques très strictes."

Sophie Lecerf

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)