Quel avenir pour les établissements mutualistes ?

"Si les 2.500 services de soins et d'accompagnement mu­tua­listes (Ssam) sont l'un des atouts des mutuelles adhérentes à la Mutualité Française, ils constituent parfois aussi l'un de leurs talons d'Achille", es­time L'Argus de l'assurance n° 7292 (pages 45 à 62), dans l'introduction de son dossier sur le sujet. "Quand je suis arrivé à la présidence de la Fédération, je me suis fixé comme objectif l'équilibre économique des Ssam, car la crédibilité et la pérennité de nos réponses en matière d'offres de soins passe par la viabilité économique de nos établissements et services", explique Etienne Caniard, dans l'hebdomadaire (page 46).

Le contexte législatif et économique a beaucoup évolué. "Nous nous inscrivons dans la logique des appels d'offres avec les ARS, instaurée par la loi HPST, rappelle le président de la Mutualité Française. De nombreux acteurs privés à but non lucratif sont maintenant contrôlés par des capitaux qui ont pour origine des fonds de pension. Cela suscite parfois l'inquiétude des élus locaux, qui craignent que les actionnaires ne se désengagent en cas de recul de la rentabilité. Les acteurs de l'économie sociale, comme la Mutualité, permettent d'apporter une réponse pérenne."

La Mutualité Française a notamment travaillé sur un modèle économique montrant que les centres de santé peuvent être équilibrés à condition de construire un mix entre les activités les plus rentables et celles qui le sont moins. Ce modèle "permet théoriquement de pallier les difficultés structurelles et d'équilibrer un centre de santé créé ex nihilo", note L'Argus.

"Pour autant, si elle affiche une volonté de répondre aux inégalités d'accès aux soins, la Mutualité n'a pas vocation à combler les déserts médicaux en zone ru­rale. C'est plutôt le rôle des maisons de santé", écrit Laure Viel dans l'hebdomadaire. "Si nous créons de nouveaux centres de santé, cela se fera en concertation avec les ARS, précise Jean-Paul Panzani, président du Réseau des centres de santé mutualistes. Nous souhaitons qu'elles lancent davantage d'appels à projets dans ces domaines."

Même volonté de "développer les soins de premiers recours" de la part de la MGEN, comme l'explique Eric Chenut, le délégué national chargé des établissements (page 48). "Ce qui compte, indique-t-il, c'est l'accès aux soins, quel que soit le canal."

Autre sujet de préoccupation : les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). "Les tarifs d'hébergement sont maîtrisés pour les patients, car les Ehpad mutualistes sont habilités à l'aide sociale, mais ils n'ont pas augmenté. Si cela n'évolue pas dans les années qui viennent, nous allons au-devant de difficultés", prévoit Etienne Caniard, dans L'Argus (page 50).

"Par ailleurs, la situation économique des centres d'optique […] est bonne et elle n'est pas remise en question par le développement des réseaux comme Kalivia, celui de la MGEN ou Santéclair", souligne l'hebdomadaire. "Nous siégeons avec Optic 2000 et les syndicats professionnels à la commission technique de Kalivia et une centaine de magasins mutualistes adhèrent à Santéclair, explique Christian Py, président du réseau des Opticiens mutualistes. Et si certains magasins ne sont pas référencés dans les réseaux, ce n'est pas faute de répondre à des critères de qualité."

Dans un entretien accordé à L'Argus (pages 54 à 56), Maurice Ronat, président du groupe Eovi et de la Mutualité Française Loire souligne de son côté que la clinique mutualiste chirurgicale de Saint-Etienne, gérée par ce groupement, est à l'équilibre depuis trois ans. "Nous arrivons à équilibrer les comptes parce que l'activité progresse avec de nouveaux chirurgiens, mais nous n'avons pas doublé les effectifs." Avant d'ajouter : "Si les pouvoirs publics souhaitent qu'il y ait un tiers secteur à côté de l'hôpital, qu'ils nous donnent les moyens de travailler".

"Il n'y a pas de fatalité à ce que les établissements mutualistes soient déficitaires", assure enfin Stéphane Junique, président d'Harmonie services mutualistes. Pour cet élu, l'articulation entre l'activité assurantielle et l'offre de santé est de "développer des réponses de proximité et de s'affirmer comme un acteur de santé".

A lire aussi dans la presse - Déserts médicaux : un revenu garanti pour les médecins

Pour pallier le manque de médecins dans certaines banlieues et campagnes, la ministre de la Santé a annoncé qu'un revenu minimum serait garanti à 200 jeunes médecins qui accepteront de s'installer dans ces zones médicalement sous dotées, hier soir sur la chaîne M 6. "La somme n'est pas fixée, a-t-elle indiqué, mais elle serait de l'ordre de 55.000 euros brut par an (4.600 euros par mois)", versée pendant deux ans, rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (page 7). "Si le praticien n'arrive pas à ce plafond-là, on lui payera la différence d'avec 55.000 euros, ce qui lui permet d'avoir une sorte d'assurance", explique Marisol Touraine. Il s'agit "d'un signal politique positif", a réagi Claude Leicher, pré­sident du syndicat de généralistes MG-France, qui estime néanmoins que "ça ne réglera rien", vue l'ampleur du problème.

"Nouveau coup de sang des médecins contre les mutuelles", titre Le Figaro-économie (page 23) à propos des quelques centaines de médecins, de chirurgiens et d'internes, qui ont manifesté hier devant le siège de la Mutualité Française, dans le XVe arrondissement de Paris. Ultime provocation ou coup de pub ? Des médecins libéraux ont annoncé hier qu'ils allaient créer une nouvelle complémentaire santé, baptisée "Mutuelle libre-assurance santé", indiquent Les Echos (page 29) dont "tout l'argent ira dans les soins". "Le projet, soutenu par une structure financière qui n'est pas une compagnie d'assurance" sera déposé auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel quand les fonds nécessaires auront été levés, explique Le Figaro-éco. Les souscripteurs sont invités sur Internet à verser de 1.000 à 10.000 euros.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)