Protection sociale : la Mutualité décrypte la proposition d’Emmanuel Macron

Interviewé ce matin sur Radio classique, le président de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, a éclairé, chiffres à l'appui, la proposition du fondateur du mouvement "En Marche" en matière de financement de la protection sociale.

Le président de la Mutualité Française était l'invité ce matin, à 7h15, de l'émission "L'invité de l'économie" sur Radio classique. Alors que la Mutualité Française a lancé en décembre le site participatif Place de la Santé qui décrypte les programmes santé et protection sociale des candidats à l'élection présidentielle, Thierry Beaudet a livré la toute récente analyse faite des propositions d'Emmanuel Macron. Ce dernier propose de supprimer la part salariale des cotisations maladie et chômage, en contrepartie du relèvement de 1,7 point des taux de CSG.

"Emmanuel Macron souhaite que le financement de la protection sociale soit moins assis sur les cotisations sociales sur le travail et davantage sur l'impôt", résume le président de la Mutualité. Cette proposition "se traduirait par 4 milliards d'euros de recettes supplémentaires pour l'Etat. Les principaux bénéficiaires seraient les salariés. A titre d'exemple, un couple de personnes touchant le Smic à temps plein percevrait 520 euros de revenu en plus. En revanche, 60 % des retraités qui bénéficient des pensions les plus élevées supporteraient des prélèvements supplémentaires", a-t-il souligné.

Ainsi, un couple de retraités percevant 2.000 euros bruts mensuels chacun et 4.000 euros de revenus de capital annuel perdrait 884 euros par an, une somme pouvant aller, selon les cas, jusqu’à 1.300 euros.

Autre candidat : François Fillon. Le candidat de la droite et du centre souhaitait "concentrer les remboursements de l'assurance maladie sur les maladies les plus graves, idée à laquelle il semble avoir renoncé", indique Radio classique. "Selon nos calculs, cela aurait coûté 20 milliards d'euros de plus, transférés vers les complémentaires. Soit 300 euros par personne et par an, ou 1.200 euros pour un couple avec deux enfants", précise le président de la Mutualité Française. Avant de rappeler que "déjà actuellement, pour les soins le plus courants, la Sécurité sociale ne rembourse qu'un euro sur deux, le second euro étant déjà à la charge des complémentaires et des ménages".

François Fillon propose par ailleurs la suppression du tiers payant généralisé, qui entre en vigueur en ce début d'année pour 11 millions de Français. A combien chiffrez-vous cette mesure ?, interroge Radio classique. "Nous avons estimé à 2,7 milliards d'euros la somme que les Français doivent avancer, si le tiers payant généralisé était supprimé", répond Thierry Beaudet.

"Nous parlons du tiers payant généralisé chez les médecins, mais il est déjà pratiqué chez de très nombreux professionnels de santé : pharmaciens, infirmiers, laboratoires, radiologues…, ajoute-t-il. Ce tiers payant fonctionne bien, mais si on était revenu sur la totalité de son application, la somme aurait pu atteindre plus de 10 milliards d'euros !"

Dans un autre registre, Thierry Beaudet a indiqué que la hausse des complémentaires santé, attendue en ce début d'année, s'explique en raison de trois facteurs. "Premièrement, le poids de la fiscalité : entre 2008 et 2012, la taxation des mutuelles est passée de 2,5 à 13,27%. Le deuxième facteur, c'est l'évolution tendancielle des dépenses de santé. L'Ondam a été fixé à 2,1% pour 2017. Le troisième, c'est le transfert des remboursements de la Sécurité sociale vers les mutuelles", a-t-il fait valoir. Pour réduire le coût des complémentaires, explique Thierry Beaudet, il convient de revoir le niveau de la fiscalité.

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John Sutton

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