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Protection sociale : aider les jeunes pour pérenniser la solidarité

Emplois instables, chômage, pauvreté croissante : la protection sociale demeure inadaptée aux problèmes des jeunes. "Une telle situation est source de défiance à l'égard du système qui a pourtant besoin de leur adhésion pour pérenniser sa légitimité", estime l'Igas.

Le système de protection sociale français est "inadapté au contexte économique et social" auquel sont aujourd'hui confrontés les 11 millions de jeunes âgés de 16 à 29 ans, estime l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans un rapport publié le 12 janvier 2016.

"Nombre d'entre eux connaissent des parcours professionnels et personnels heurtés", constate l'Igas. Etudes plus tardives, chômage ou difficultés d'accès à un emploi stable retardent leur autonomie et peuvent les priver d'une couverture sociale.

Risque de non-recours aux droits

Or "la valeur protectrice" du système actuel repose toujours en grande partie sur son assise professionnelle et son caractère familial. Ainsi, le revenu de remplacement est souvent déterminé sur la base d'une rémunération professionnelle. Lorsqu'une personne ne dispose pas de revenus, la protection sociale peut être assurée via un conjoint ou un parent ayant déjà acquitté des cotisations.

Autre obstacle rencontré par les jeunes : l'autonomie demeure limitée avant 25 ans, car cet âge constitue une référence pour la prise en compte de droits individuels, comme le revenu de solidarité active (RSA) dans certains cas, la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS). Par exemple, un jeune de moins de 25 ans vivant chez ses parents doit faire sa demande de CMU-C ou d'ACS avec celle de ses parents.

Les réformes intervenues pour atténuer ces effets, à l'instar du RSA jeune actif qui peut être demandé dès 18 ans, demeurent "partielles, inéquitables et complexes", juge l'Igas qui réclame davantage de simplicité. Cela expose les jeunes à "un risque de non-recours aux droits". "Une telle situation est source de défiance à l'égard du système qui a pourtant besoin de leur adhésion pour pérenniser sa légitimité", prévient l'Igas.

Une population vieillissante

Une inquiétude partagée par France stratégie, un organisme de réflexion, d'expertise et de concertation sur des questions économiques et sociales, placé auprès du Premier ministre. Dans une note d'analyse également publiée le 12 janvier 2016, cet organisme pose la question : "Les jeunes sont-ils sacrifiés par la protection sociale ?"

"Les transferts nets de protection sociale (c'est-à-dire la différence entre les sommes perçues et prélevées) sont dix fois plus importants pour un individu de plus de 60 ans que pour un jeune de moins de 25 ans", indique France stratégie. Les dépenses de protection sociale affectées aux seniors ont atteint 17,2% du PIB en 2011, contre 11% en 1979. Sur cette même période, celles dont bénéficient les jeunes ont reculé, passant de 4% à 3,6% ou de 8,8% à 8,6% lorsque les dépenses d'éducation sont comptabilisées.

Cette tendance générale s'explique notamment par le vieillissement de la population et la hausse des coûts de retraite et de dépendance. Mais il importe désormais de prendre en compte l'évolution de la condition sociale des jeunes car leur situation financière s'est "dégradée" depuis "le début des années 2000", rapporte France stratégie.

Baisse du niveau de vie des jeunes

"Le niveau de vie moyen des moins de 25 ans est ainsi passé de 88% de celui des plus de 60 ans en 2002 à 82% en 2012", ajoute cet organisme. Plus grave : de nos jours, la pauvreté touche 2,5 fois plus souvent les moins de 25 ans que leurs aînés. Malheureusement, "l'évolution des dépenses de protection sociale consacrées aux plus jeunes n'a pas permis de compenser ces écarts".

Pour France stratégie, "ce déséquilibre ne pose pas seulement la question de l'équité mais également celle de la soutenabilité" du système de protection sociale français. Jugeant qu'il sera "difficile de mettre davantage à contribution les jeunes et les individus d'âge actif", cet organisme préconise de poursuivre la "baisse des transferts nets reçus par les plus âgés, déjà engagée de fait par les réformes des retraites".

Complémentaire santé : améliorer l'accès des jeunes

Pour améliorer l'accès des jeunes à la couverture complémentaire, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) propose de développer des "modalités d'accompagnement adaptées aux jeunes qui ignorent ou ont des difficultés à faire valoir leurs droits" à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) ou à l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS).

Dans son rapport sur la protection sociale des jeunes de 16 à 29 ans publié le 12 janvier 2016, l'Igas préconise d'associer "systématiquement" à ce dispositif "des mécanismes d'information et d'orientation leur permettant d'accéder à un suivi sanitaire, à des actions de prévention, et à des soins à tarifs opposables".

Par ailleurs, l'Igas réclame un "suivi-évaluation" de l'accès des jeunes aux contrats de base ACS. Ce suivi est également demandé dans le cadre de la généralisation de la complémentaire santé en entreprise, notamment pour analyser le nombre de dispenses d'affiliation chez les jeunes.

Consulter le rapport de l'Igas sur la protection sociale des jeunes de 16 à 29 ans

Lire la note d'analyse de France stratégie

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)