Projet de redressement de la Sécu : fausses pistes

A la veille de la réunion de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, qui entérinera une aggravation du déficit du régime général, le président de la Mutualité Française estime, dans un entretien aux Echos (page 4), que cette situation "marque l'échec de la réforme de l'assurance maladie". Jean-Pierre Davant regrette que "la réforme Douste-Blazy, comme les précédentes, n'a pas modifié en profondeur l'organisation des soins". "Il n'y a pas besoin de grand soir mais simplement d'une adaptation permanente de notre organisation sanitaire en fonction des besoins, d'une régulation par la recherche de la qualité", explique-t-il.

Interrogé sur le plan de redressement de la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam), Jean-Pierre Davant considère que les "mesures d'économies proposées sont tout à fait conjoncturelles et n'améliorent en rien l'organisation des soins". Et dans le même temps, s'indigne-t-il, "on lâche les vannes en augmentant le tarif de la consultation des généralistes. On marche sur la tête ! Il n'y a pas une entreprise, pas une mutuelle qui pourrait fonctionner ainsi".

L'une des mesures annoncées lui paraît particulièrement "improductive" : il s'agit de la "contribution" de 200 millions réclamée aux organismes complémentaires. Pour le président de la Mutualité Française, il s'agit ni plus ni moins d'une "taxe". "Je demande au gouvernement de rejeter cette mesure", affirme-t-il. Loin de vouloir soustraire les mutuelles à un investissement dans de "nouveaux modes de rémunération des professionnels de santé", Jean-Pierre Davant opte au contraire pour une approche "intelligente et concertée". "Les financements que nous apporterons aux médecins devront faire l'objet de contreparties en matière de service et de qualité."

Concernant le projet de "bouclier sanitaire", défendu par le haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, le président de la Mutualité Française estime qu'il s'agit du projet "le plus dangereux à l'heure actuelle pour l'avenir de l'assurance maladie". "Si on demande aux classes moyennes et aux cadres de financer toujours plus et de recevoir toujours moins, on remet en cause le principe de solidarité nationale", a-t-il fait valoir hier dans le journal de 20 heures de France 2. Pour Jean-Pierre Davant, "Martin Hirsch confond solidarité et assistance. Nous ne sommes plus au XIXe siècle".

Quant aux franchises préconisées par Nicolas Sarkozy, le président de la Mutualité Française estime, dans Les Echos, qu'il s'agit d'une "solution purement financière qui ne change rien à l'organisation du système de santé". Avant d'ajouter : "Et même sur le plan financier, elle ne résoudrait rien : il faudrait une franchise de 400 à 500 euros par an et par personne, ne serait-ce que pour remettre les comptes à zéro. C'est impensable !"

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Dans son discours de politique générale qu'il prononcera cet après-midi devant les députés, le Premier ministre devrait "réécrire le pacte politique et social" et dessiner les contours d'une "nouvelle croissance, durable et saine", prévoient Les Echos (pages 2 et 3). François Fillon devra aussi "répondre aux avertissements lancés par Bruxelles sur la situation des finances publiques", estime La Tribune (page 30). Les comptes de la Sécurité sociale, et en particulier ceux de la branche vieillesse, sont en effet dans le "collimateur" de tous les observateurs.

Pour ce quotidien, François Fillon "n'est pas totalement étranger" à cette "forte dégradation des comptes" étant donné qu'il est "l'artisan de la réforme des retraites de 2003". Cette loi, explique La Tribune, a été "victime de son succès" et "pèse aujourd'hui lourdement sur les comptes" depuis sa mise en place le 1er janvier 2004. En "permettant aux salariés ayant commencé très jeune leur activité professionnelle de bénéficier d'un départ anticipé", 400.000 personnes se sont en effet engagées vers un départ professionnel.

Résultat : "L'âge moyen de liquidation de la retraite ne cesse de baisser et, avec l'effet démographique du papy-boom, ce sont plus de 700.000 personnes qui devraient partir à la retraite cette année." On s'attend, par conséquent, à un déficit minimum de 4,5 milliards d'euros pour 2007, alors qu'en septembre dernier la Commission des comptes de la Sécurité sociale redoutait un déficit de 3,5 milliards d'euros.

Frédéric Lavignette

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