Prise en charge des maladies chroniques : la proposition du Trésor

Dans une note, la Direction du Trésor propose de réformer en profondeur la prise en charge des malades atteints d'affection longue durée (ALD).

C'est le retour du "bouclier sanitaire" ! Dans une note, la Direction du Trésor propose de réformer en profondeur la prise en charge des malades atteints d'affection longue durée (ALD). Ces pathologies touchent actuellement 15% de la population, un taux qui devrait progresser à 20% en 2025, indiquent Les Echos (page 3).

Comme le résume le quotidien économique, les auteurs de cette note "préconisent de mettre fin à la prise en charge à 100% des dépenses liées à l'affection chronique […]. En lieu et place, il y aurait un filet de sécurité : le reste à charge annuel pour tous les assurés sociaux serait plafonné". Le Trésor fixe à 570 euros ce plafond annuel. Une fois ce dernier atteint, "l'assurance maladie prendrait le relais à 100% jusqu'à la fin de l'année, quelle que soit la cause de la maladie", précisent Les Echos.

Ainsi donc, le Trésor reprend une idée déjà avancée en 2007 par le Haut commissaire aux solidarités actives de l'époque, Martin Hirsch. Mais pas plus qu'hier, cette proposition ne suscite l'adhésion des pouvoirs publics. En effet, comme le rappellent Les Echos, en 2007, ceux-ci n'avaient pas "voulu porter atteinte à la philosophie de la Sécurité sociale, celle d'une distribution en fonction des besoins et non des revenus, du moins pour les soins". De son côté, la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), également opposée à cette réforme, cherchait plutôt à "réduire les coûts, en organisant la sortie d'ALD".

Aujourd'hui, la proposition du Trésor a été accueillie "avec surprise et une bonne dose de mécontentement" par la ministre de la Santé. Pour Marisol Touraine, rapporte le quotidien économique, "il n'est évidemment pas question de remettre en cause le dispositif des ALD".

Selon la Direction du Trésor, cette réforme vise à maîtriser les dépenses d'ALD mais aussi de réduire les inégalités dans la mesure où certains malades chroniques "ont des restes à charge de plusieurs milliers d'euros". Mais, comme ajoutent Les Echos, ce dispositif "ferait aussi beaucoup de perdants parmi les personnes en ALD qui n'ont quasiment pas de restes à charge".

A lire aussi – Médecin-patients : les limites de la transparence

La transparence n'est pas forcément le bon remède. Une enquête menée par le site d'information médicale Medscape auprès de 21.500 médecins exerçant notamment aux Etats-Unis et en France montre que les médecins ne disent pas toujours la vérité à leurs patients, le plus souvent pour les préserver d'une angoisse inutile.

Ainsi, en France, 43% des professionnels de santé interrogés "disent pudiquement relativiser les risques d'une opération ou d'un traitement au patient… pour mieux obtenir son adhésion au traitement", rapporte Le Parisien/Aujourd'hui (pages 2 et 3) daté de samedi. Aux Etats-Unis, ce taux est de 10%. Pour l'anthropologue Sylvie Fainzang, spécialisée dans la maladie, cet écart n'est pas surprenant car le monde anglo-saxon, "réprouve fortement le mensonge". S'y ajoute "la crainte des recours juridiques si le médecin est pris en défaut pour ne pas avoir tout dit de sa maladie et du traitement à son patient".

Mais au-delà des considérations juridiques, c'est la relation médecin-malade qui est en jeu. "Le médecin doit être un interprète. Cela suppose qu'il se livre à un travail sur lui-même pour ressortir le diagnostic qu'il reçoit de façon audible et non traumatisante à son malade", estime Anne-Marie Merle-Béral, psychiatre et psychanalyste.

Jean-Michel Molins

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)