Près des deux tiers des Français recourent à l’automédication

La Mutualité Française a publié, le 21 mars, un sondage grand public sur l'automédication. Cette enquête exclusive réalisée auprès de 1.010 personnes âgées de 18 ans et plus montre que 62% des Français se soignent souvent sans consulter leur médecin. Elle est venue illustrer le colloque intitulé "L'automédication : recul ou progrès" organisé le mercredi 21 mars par la Mutualité Française à Paris.

Faut-il freiner ou développer l'automédication ? Pour ouvrir le débat sur cette pratique, la Mutualité française a organisé, le mercredi 21 mars, à la Maison de la Mutualité, à Paris, un colloque intitulé "L'automédication : recul ou progrès ?". Animé par le journaliste Claude Sérillon, ce colloque a réuni notamment des représentants des professionnels de santé, des autorités sanitaires, des industriels du médicament et des usagers.

Jugement positif

Cette manifestation permet de poursuivre la réflexion, en particulier après la remise en janvier du rapport d'Alain Coulomb et du Pr Alain Baumelou au ministre de la Santé. Xavier Bertrand avait alors annoncé qu'il se prononcerait sur ce sujet fin février, ce qui n'est toujours pas le cas.

Le débat s'est appuyé sur un sondage CSA/Cecop, réalisé à la demande de la Mutualité française auprès de 1 010 personnes et présenté en ouverture du colloque. Il montre que la majorité des Français porte un jugement positif sur l'automédication. Ainsi, près de la moitié d'entre eux considèrent qu'il s'agit d'une "façon de faire normale". Pour 20% des sondés, elle témoigne d'un "comportement citoyen" (20%). Pour 55% de nos concitoyens, l'automédication revient à avoir une "gestion autonome de sa santé". Concrètement, cela signifie "se soigner soi-même sans aller voir son médecin" (40%) et "choisir soi-même les médicaments que l'on prend" (15%).

Pour 55% de nos concitoyens, l'automédication revient à avoir une gestion autonome de sa santé.

Autre résultat : si pour un tiers des Français, l'automédication consiste à prendre conseil auprès du pharmacien, une évolution des mentalités se fait sentir. En effet, une personne sur quatre se déclare prête à acheter des médicaments ailleurs qu'en pharmacie (24%). Ce taux atteint même 34% pour ceux qui pratiquent souvent l'automédication.

Elle apparaît aussi comme une pratique courante et banalisée : 62% des personnes interrogées déclarent se soigner "souvent" ou "de temps à autre" sans consulter un praticien. A l'inverse, 37% répondent "rarement" ou "jamais". Parmi les réticents, seuls 15% estiment que l'automédication est "une mauvaise façon de faire" et 15% qu'elle constitue "un comportement irresponsable". Une analyse plus détaillée de ce sondage montre que les réserves à l'égard de l'automédication sont davantage le fait des plus de 65 ans et des personnes disposant de revenus modestes. A l'inverse, les 25-50 ans sont plus ouverts à cette pratique, tout comme les cadres et les professions intermédiaires.

Coût supplémentaire ou économie ?

Sur la question financière, les avis sont assez divisés. Le fait de se soigner seul pour des maladies bénignes constitue "une économie" pour 42% des patients mais représente "un coût supplémentaire" pour 30% d'entre eux. Un peu plus d'un quart des personnes rétorquent "ni l'un, ni l'autre" (28%). Les plus modestes considèrent volontiers que l'automédication limite les frais, dans la mesure où ils n'ont pas à payer de consultation.

Les catégories sociales plus aisées sont également partagées. Elles admettent qu'elle est source d'économie mais elles pointent du doigt les risques d'un coût financier important en cas de maladies graves décelées tardivement, par exemple. C'est notamment "auprès des actifs, des jeunes "ou" ceux qui ont le moins recours aux soins "que la notion d'économie apparaît plus marquée : pour eux, la généralisation de l'automédication "serait un facteur d'économie appréciable et envisageable pour le système de soins", indique le Cecop. Nul doute que le débat d'aujourd'hui permettra d'aborder l'automédication sous toutes ces facettes, qu'elles soient sanitaires, sociales et économiques.