Pour ou contre les dépassements

A deux jours de l'élection présidentielle, le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur les dépassements d'honoraires continue d'alimenter le débat sur la santé. "Les médecins salent trop leurs consultations", titre Libération (page 17), qui note "que le nouveau ministre de la Santé, Philippe Bas, se garde bien de [donner au rapport] le moindre caractère officiel".

"La pratique des dépassements d'honoraires est-elle justifiée ?" C'est l'hebdomadaire Impact médecine n° 198 (page 10) qui pose la question à deux médecins, représentants des acteurs du système de santé : Jean-Martin Cohen Solal, directeur général adjoint de la Mutualité française, et Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF).

"Au début, la pratique des dépassements d'honoraires était marginale, rappelle Jean-Martin Cohen Solal. Elle est devenue aujourd'hui un moyen pour les médecins d'augmenter leur rémunération, sans aucun lien avec une amélioration de la qualité des soins. "Sans surprise, les dépassements constituent pour Michel Chassang "une rétribution parfaitement légale" justifiée par la compétence. Le président de la CSMF va jusqu'à accuser le rapport de l'Igas de contribuer "à semer une fois de plus le trouble chez les patients et à jeter l'opprobre sur la profession".

Le directeur général adjoint de la Mutualité française s'inscrit en faux contre cette critique : "Le rapport de l'Igas ne vient que confirmer les résultats de deux précédents rapports qui établissent une forte poussée des dépassements." "Ces chiffres, dont la fiabilité n'est pas discutable, posent la question de l'accès aux soins pour un grand nombre de patients, qui, par ailleurs, sont très mal informés préalablement sur le montant de ces honoraires, et qui n'ont pas vraiment le choix de s'y opposer", explique-t-il.

Si on demande aux mutuelles de prendre en charge ces dépassements, au final, ce sont les adhérents qui devront payer plus, regrette-t-il. Pour Jean-Martin Cohen Solal, "il faut remettre à plat les modes de rémunération, afin de valoriser la formation, la compétence et l'expérience des praticiens". "Les discussions autour du secteur optionnel sont un premier pas dans ce sens", précise-t-il.

A lire aussi – Les infirmières libérales revalorisées au 1er juillet

Deux jours après leur journée nationale d'action contre le blocage des tarifs de leur profession, les infirmières libérales ont obtenu une revalorisation d'honoraires, annonce La Tribune (page 3). Selon le protocole d'accord signé hier par les quatre syndicats infirmiers, cette hausse des tarifs interviendra en deux étapes. Au 1er juillet prochain, la plupart des actes quotidiens, comme les actes médico-infirmiers (dialyses, injections), l'indemnité forfaitaire de déplacement, la majoration du dimanche seront augmentés, pour une enveloppe d'un montant global de 150 millions d'euros.

Une deuxième vague de revalorisation, soumise quant à elle à plusieurs conditions, sera mise en œuvre le 1er août 2008. Elle dépendra "des possibilités ouvertes par la loi de financement de la Sécurité sociale" et de "l'engagement de la profession dans les mesures structurantes sur la répartition de l'offre de soins", précise le quotidien Les Echos (page 6). C'était un objectif majeur de la Cnam, qui veut remédier au déséquilibre géographique des installations d'infirmières libérales, sept fois plus nombreuses au Sud qu'au Nord de la France, souligne Le Figaro-économie (page 22). Le quotidien en conclut – un peu vite ? – que les infirmières ouvrent ainsi une brèche dans la liberté d'installation…