Plus d’un Français sur deux renonce à des soins faute de rendez-vous chez le médecin

Cinquante-cinq pour cent des Français renoncent à des soins en raison de "la difficulté d'obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide", 30% à cause du coût de la consultation et 32% de son éloignement géographique. Tels sont les principaux résultats d'une enquête du cabinet Jalma avec l'Ifop et publiée dans Les Echos (page 5).

L'allongement des délais d'attente pour obtenir un rendez-vous touche à la fois les médecins généralistes (6 jours au lieu de 4 en 2012) et les spécialistes. Il faut compter en moyenne 111 jours d'attente, soit trois mois et demi, pour consulter un ophtalmologue ! Ce délai s'est allongé de deux jours depuis 2012 et près d'un tiers des patients a attendu plus de six mois ! Il faut 57 jours pour décrocher un rendez-vous avec un gynécologue, 50 jours pour un dermatologue, 42 pour un cardiologue...

Le patient est reçu à peine plus rapidement à l'hôpital : 81 jours pour consulter un ophtalmologue, 56 pour un rhumatologue. Seuls 44% des malades jugent l'accès aux soins "facile" auprès d'un spécialiste, contre 88% pour les médecins généralistes. Malgré ces difficultés, 92% se déclarent satisfaits de leur généraliste et 96% de leur spécialiste.

La moins grande disponibilité des praticiens s'explique par trois facteurs : le vieillissement, la féminisation et l'aspiration des jeunes médecins à une meilleure qualité de vie. "Les femmes travaillent moins le mercredi et l'ensemble des médecins consultent moins le samedi pour avoir plus de temps libre eux aussi", constate, dans Les Echos, Mathias Matallah, du cabinet Jalma. De plus, pour augmenter leurs revenus, certains spécialistes abandonnent les consultations classiques pour des pratiques plus lucratives : la chirurgie laser pour les ophtalmologues ou la chirurgie esthétique pour les dermatologues.

En attendant le desserrement du numerus clausus, les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous médical coûtent cher à la Sécurité sociale. Faute de pouvoir se faire soigner chez leur médecin de ville, les patients se rabattent trop souvent sur les services d'urgences des hôpitaux. Ainsi, 31% des personnes interrogées reconnaissent l'avoir fait au cours de cette année, contre 26% en 2012. "Résultat, non seulement les urgences sont débordées, mais, en plus, l'assurance maladie paie plus cher : une admission est facturée plusieurs centaines d'euros, contre quelques dizaines pour la consultation en ville", conclut la journaliste Solveig Godeluck, dans Les Echos.

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La Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) a appelé hier les 1.100 cliniques et hôpitaux privés qu'elle représente à cesser toute activité à compter du 5 janvier. Elle réclame le retrait du projet de loi de santé qui, selon elle, "condamne le secteur privé", rapportent Les Echos (page 2). La FHP précise que la date du 5 janvier a été choisie "en concertation avec les médecins libéraux", qui ap­pellent à la fermeture des cabinets médicaux pendant la trêve des confiseurs (du 24 au 31 décembre), note Le Pari­sien/Aujourd'hui (page 6). Le mouvement sera maintenu "tant que le projet de loi ne sera pas retiré", prévient la FHP.

Début 2015, Marisol Touraine défendra son projet de loi de santé devant le Parlement. Ce texte prévoit notamment de réorganiser le service public hospitalier, auquel sont associées la plupart des cliniques, notamment les 132 qui possèdent un service d'urgence, rappelle Le Parisien/Aujourd'hui. "Selon le texte en projet, seules les cliniques dont les médecins ne pratiquent pas de dépassements d'honoraires, pourtant légaux, pourront participer à ce futur service public hospitalier, assure Lamine Gharbi, président de la FHP. Autant dire qu'il exclut la totalité des cliniques, alors que nous recevons trois millions de patients par an aux urgences. C'est d'autant plus révoltant qu'à l'hôpital public les médecins, eux, auront le droit de garder une activité libérale !"

Autre sujet qui fâche : la loi de santé prévoit le renforcement de l'autorité des ARS, ce que conteste cette fédération.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)