Plan de transition

"L'annonce de la création d'une nouvelle franchise, à la seule charge des assurés sociaux, ne répond en rien" à l'"enjeu" que représentent "l'organisation de notre système de santé et son accès ouvert à tous", écrivent Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité française, et François Chérèque, secrétaire générale de la CFDT, dans une tribune publiée dans Le Monde (page 23).

Avec l'instauration de trois nouvelles franchises médicales, "dorénavant, ce ne sont plus les bien-portants qui sont solidaires des patients. Ce sont les malades qui paient pour les malades", affirment-ils.

Ces deux responsables se déclarent également "réservés sur l'appel à l'assurance individuelle pour couvrir le risque dépendance, voire opposés si cette solution ne s'inscrivait pas dans une démarche de prise en charge solidaire".

"La solution ce serait de “mettre enfin un pilote dans l'avion”, (...) pour que le malade devienne le centre de toutes les attentions, qu'il puisse recevoir les soins de qualité qui lui sont nécessaires, quelle que soit sa situation sociale", avancent Jean-Pierre Davant et François Chérèque. "Manager un système de santé réclame un peu d'humanité, un sens du temps long, un souci constant – osons le mot – de l'intérêt général. La réorganisation à laquelle nous appelons est une mission de service public", affirment les deux responsables.

La CFDT et la Mutualité française veulent rompre avec "les intérêts catégoriels" pour "servir enfin l'intérêt général". Il faut favoriser "une coopération plus importante qu'aujourd'hui entre l'assurance maladie obligatoire et la complémentaire", afin de "mieux répondre aux attentes des patients".

En matière d'organisation des soins, le Dr Christian Lehman, chef de file de la coalition anti-franchises médicales, estime dans Libération (page 4), qu'il "faut mettre en place une filière de soins cohérente, à partir de la médecine générale, en se dégageant du seul paiement à l'acte".

Les franchises médicales sont l'une des dominantes de la presse, suite à la présentation hier du projet de loi de financement de la "Sécu" pour 2008.

Sous son titre de "une" : "Sécurité sociale : le faux plan", le quotidien annonce que "le vrai plan, bien plus douloureux, sera pour 2008", vraisemblablement "après les municipales". Les Echos (page 2) estiment qu'il s'agit d'un "plan de transition avant des réformes de grande ampleur".

Concernant les franchises, le gouvernement a décidé de ne pas intégrer leur remboursement dans le cadre des contrats responsables, lesquels bénéficient d'exonérations fiscales et sociales. De fait, il "encourage les mutuelles à ne pas les prendre en charge", a réagi ce matin Jean-Pierre Davant au micro de Radio classique.

En effet, seuls des contrats "surtaxés" pourront les rembourser, a expliqué hier sur Europe 1 le président de la Mutualité française. "Ces franchises vont revenir très cher pour tout le monde", précise-t-il dans le quotidien régional Sud-Ouest.

"Les mutuelles vont consulter leurs adhérents pour trancher si elles doivent ou non rembourser les franchises", a poursuivi Jean-Pierre Davant sur Radio classique. De son côté, l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (Unocam) se prononcera le 4 octobre sur le remboursement des franchises, indiquent Les Echos (page 3).
Les franchises médicales ne sont donc pas une solution. Sur Europe 1, Jean-Pierre Davant estime "qu'il faut revoir la réorganisation du système de soins".

"On pourrait envisager des réformes structurelles, comme une réforme de l'offre de soins qui impliquerait franchement les professionnels de santé dans la régulation du système", estime Bruno Palier, chercheur à Sciences-Po, dans Libération (page 4).

Une réforme de fond s'impose car, comme l'a rappelé ce matin Jean-Martin Cohen Solal, directeur général adjoint de la Mutualité française, sur Radio bleue "notre système de soins coûte cher, n'est pas évalué et de qualité inégale". La réforme de 2004 a-t-elle échoué ?

"Les actions de maîtrise des dépenses de santé n'ont pas été menées jusqu'au bout, notre système hospitalier est toujours aussi mal organisé et le dossier médical personnel ne sera pas mis en place avant longtemps…", a énuméré Jean-Martin Cohen Solal.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)