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Personnes âgées : la charge du Comité d’éthique

Le Comité consultatif national d'éthique fait un constat sévère sur la prise en charge des personnes âgées. Il propose notamment la création d'une 5e branche de la Sécurité sociale pour financer la dépendance.

Quel sens peut-on donner à la "concentration" de personnes âgées dans des établissements dits "d'hébergement" qui sont devenus, "souvent à leur corps défendant", leurs résidences définitives ? Cette question est au cœur d'un avis rendu public le mercredi 16 mai 2018 par le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), rapporte La Croix.

Le Comité utilise des mots forts pour déplorer la manière dont notre société assure la prise en charge du grand âge. Il dénonce ainsi une "forme de dénégation collective du vieillissement", qui se traduit par une "maltraitance latente et non assumée" et une surmédicalisation.

"Nos sociétés, en confiant finalement la vieillesse et la fin de la vie à la médecine, ont confiné des personnes, en raison de leur âge et de ses contingences, dans des lieux de vie souvent violents et parfois même maltraitants", dénonce, dans La Croix, le Pr Jean-François Delfraissy, président du CCNE.

Fin 2016, on recensait près de 600.000 personnes âgées dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Les trois quarts d'entre elles qui n'ont pas souhaité y vivre "entrent en résilience et se résolvent à leur triste condition, s'adaptent bon an mal an à l'institution", observe le CCNE. Quant à celles qui ne se résignent pas, elles développent une "dépression réactionnelle et se laissent mourir, ou se font mourir du fait d'un sentiment d'indignité", rapporte Le Monde.

Aujourd'hui, grâce aux progrès de la médecine, l'avancée en âge se déroule souvent en bonne santé pendant de longues années. C'est la vieillesse "heureuse", autonome, celle où les personnes se sentent encore pleinement intégrées à la collectivité.

Puis, l'âge avançant, arrive le temps des maladies aiguës, fait de "déficiences, de handicaps et de souffrances mêlés", observe le CCNE. "Il ne s'agit pas bien sûr de cesser de soigner les personnes âgées. Il faut juste s'interroger sur le sens de cette surmédicalisation", souligne, dans La Croix, Régis Aubry, spécialiste des soins palliatifs et corapporteur du texte. "Dans les Ehpad, 40% des résidents présentent un syndrome dépressif, 11% ont des idées de suicide", précise le Pr Pierre Vandel, psychiatre.

L'avis ne se limite pas à un réquisitoire. Il propose la création d'un "5e risque de la Sécurité sociale pour permettre une meilleure prévention et un meilleur accompagnement des personnes dépendantes". Un projet maintes fois évoqué, mais toujours reporté par souci de ne pas augmenter les prélèvements sociaux, souligne La Croix.

Le CCNE préconise également de faire évoluer le droit social en faveur des aidants, par la création d'un "droit universel au répit" et d'un crédit de trente jours par an, financé par la collectivité. Si les aidants s'arrêtaient d'aider, il faudrait trouver la somme de 164 milliards d'euros pour assurer la survie des personnes dont ils s'occupent, souligne le CCNE.

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John Sutton

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