croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Perchloroéthylène : ces pressings qui nous empoisonnent

Les associations Réseau environnement santé (RES) et Générations futures tirent la sonnette d’alarme sur le perchloroéthylène, qui pourrait créer un nouveau scandale sanitaire. En France, ce solvant très puissant est utilisé dans 90% des pressings alors qu’il présente de nombreux risques sanitaires.

Le perchloroéthylène, un vrai poison ! C’est l’alerte que lancent le Réseau environnement santé (RES) et Générations futures. Ce n’est pas la première fois que des collectifs informent la population et les pouvoirs publics sur les dangers de ce solvant puissant, utilisé par 90% des 5.000 pressings en activité en France. Très volatil, il se dégage dès l’ouverture des hublots et ses vapeurs peuvent traverser béton et planchers jusqu’à trois étages.

"Il y a urgence", s’inquiète André Cicolella, conseiller scientifique à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et porte-parole du RES. "Nous avons affaire à un solvant toxique, que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) et l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) considèrent comme un cancérigène probable, mais il a été complètement banalisé !"

Un procès pour homicide à Nice

Cette fois, l’actualité judiciaire offre une caisse de résonance aux détracteurs du "perchlo" : le procès d’un gérant de pressing accusé d’homicide involontaire. Le RES rappelle les faits. En mars 2008, un pressing s’installe sous le domicile de Josée-Anne Bernard, 70 ans. "Son existence devient alors un enfer : nausées, maux de tête, vertiges, troubles respiratoires, hépatiques et rénaux", énumère l’association. La cause apparaît évidente : "Son appartement, situé au 1er étage, était constamment envahi de vapeurs de perchloroéthylène." Après son décès, fin 2009, "l’autopsie révèle la présence de ce solvant dans presque tous ses organes".

"Si ce procès ne débouche pas sur l’interdiction d’utiliser ce solvant, nous porterons plainte pour carence fautive de l’Etat", fait valoir François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, soutenu par le RES. Les associations entendent dénoncer "un scandale sanitaire sur le modèle de celui de l’amiante" et obtenir le bannissement du perchloroéthylène, comme c’est le cas aux Etats-Unis et au Danemark.

Un produit toxique et cancérigène

Le perchloroéthylène est-il vraiment toxique ? "Dix études menées chez le rongeur concluent, unanimes, à un effet cancérigène", répond André Cicolella. "Elles sont encore plus nombreuses, et tout aussi convergentes, pour ses effets toxiques sur le système nerveux, les reins et le foie. Les enquêtes épidémiologiques en milieu professionnel confirment ces résultats. Même chez les riverains des pressings, pour lesquels il est difficile par principe de mener de tels travaux, cette toxicité a été prouvée." Ainsi, en janvier 2009, trois enfants vivant au-dessus d’un pressing en banlieue parisienne ont été hospitalisés pour de graves troubles respiratoires.

"Le perchloroéthylène peut même tuer", souligne le scientifique. "Mme Bernard n’en a pas été la seule victime. Le problème, c’est que les gens ne font pas encore le rapprochement entre des malaises, ou un cancer, et le fait de vivre à proximité ou d’être clients d’un pressing." Pour limiter le danger, "privilégiez ceux qui n’utilisent pas de perchloroéthylène", conseille-t-il. En effet, "des alternatives existent : un procédé à base d'eau et de vapeur, l'utilisation de gaz carbonique à basse température, ou encore celle d'un solvant moins toxique comme le siloxane."

Pas d’usage contrôlé possible

Pour André Cicolella, l’Etat reste bloqué sur "cette idée qu’il puisse y avoir un usage contrôlé de solvants cancérigènes : c’est le même argument que pour l’amiante ! Les pouvoirs publics restent sensibles aux arguments de l’industrie du pressing. Certes, il y a eu des fermetures de pressings, mais dans des situations extrêmes. De plus, traiter cette question au cas par cas n’est pas une bonne manière de la gérer", commente-t-il. "Le danger demeure, même à plus faible dose."

C’est pourquoi le ministère de l’Ecologie assure que de nouvelles règles sont en préparation. "On nous a promis la parution d'un arrêté prévoyant, dès cette année, d'interdire tout nouveau pressing utilisant du perchloroéthylène et de fermer les anciennes installations d’ici à 2018", indique André Cicolella. "Cela va dans le bon sens et montre que l'alerte a été utile." Des promesses dont les associations attendent désormais la concrétisation rapide.

Alexandra Capuano

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)