Attentats : penser à demain et panser les plaies

"Le terrorisme ne détruira pas la République. C'est la République qui détruira le terrorisme". C'est par ces termes, suivis d'une "standing ovation", que François Hollande a terminé son discours devant le Parlement réuni hier en Congrès, à Versailles. Le chef de l'Etat, raconte Libération (page 2), "a présenté un arsenal législatif et sécuritaire destiné à renforcer la lutte contre l'Etat islamique".

Expulsions des étrangers "qui représentent une menace d'une particulière gravité pour la nation", assignations à résidence, déchéances de nationalité, révision des fiches S, recrutement de 1.000 douaniers et de 5.000 policiers et gendarmes d'ici à deux ans…

Avec de telles mesures, commente Le Parisien/Aujourd'hui (page 12) dans ses pages "spécial attentats", "le président a siphonné le stock de propositions des Républicains, et même de Marine Le Pen ! Bien sûr, il s'agissait de rassurer des Français angoissés, mais en faisant d'une pierre deux coups". En d'autres termes, déclare un ministre, François Hollande "a coupé l'herbe sous le pied de Sarko. C'est d'une habileté redoutable. Il est diabolique".

Le renforcement des moyens humains et financiers pour la justice et la sécurité risque d'impacter les finances publiques. Le chef de l'Etat en a conscience mais, a-t-il déclaré, "dans ces circonstances, le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité". Pour autant, écrivent Les Echos (page 3), cela ne signifie pas "que la France renonce à son objectif d'un retour du déficit public sous les 3% de PIB en 2017." Quoi qu'il en soit, la perspective de nouvelles dépenses françaises ne semble pas troubler Bruxelles, ajoute le quotidien économique : "Le pacte de stabilité a la flexibilité requise pour faire face à des événements exceptionnels", réagissait en effet une source européenne.

"Aller au-delà de l'urgence", a également expliqué François Hollande, c'est aussi "faire évoluer la Constitution pour pouvoir agir contre le terrorisme de guerre". Selon lui, écrit en effet Le Figaro (page 5), "ni l'article 16, qui régit les conditions d'attribution des pouvoirs exceptionnels au président de la République, ni l'article 36, portant sur l'état de siège, ne sont adaptés à la situation que nous rencontrons". Par conséquent, indique lemonde.fr, l'Elysée compte créer "un régime civil d'état de crise permettant de mettre en œuvre des mesures exceptionnelles, n'apportant à l'exercice des libertés publiques que les restrictions strictement nécessaires à la garantie de la sécurité nationale".

L'urgence, c'est également de s'occuper des victimes, et pas seulement pour soigner leurs plaies physiques. Hier encore, écrit L'Humanité (page 11), la cellule d'urgence médico-psychologique (Cump) mise en place à la mairie du 11e arrondissement les recevait, ainsi que leurs proches. Dans la journée de samedi, 185 personnes sont venues exprimer leurs angoisses. Elles étaient 220 le lendemain.

"Ce qui est très dur à gérer dans les actes terroristes, par rapport aux catastrophes naturelles, par exemple, c'est le fait que des êtres humains soient à l'origine des violences, explique Eric Cheucle, qui officie pour la cellule depuis 1998. Cette "intentionnalité humaine "est terrible pour les victimes. D'une certaine façon, c'est l'humanité elle-même qui est attaquée. Et se relever de ça est plus dur."

Face à cette barbarie, comment parler des événements du 13 novembre aux enfants ? s'interroge Libération (pages 14 et 15), qui renvoie notamment ses lecteurs au P'tit Libé, sur son site Internet, liberation.fr : ce numéro spécial explique les attentats aux jeunes de 7 à 12 ans. Du côté de l'Education nationale, poursuit le quotidien, les enseignants ont reçu pour consigne, de "répondre aux questions des enfants".

Il ne faut pas leur que ça ne se reproduira plus, estime la psychiatre Marie Rose Moro dans un entretien, "mais il ne faut pas non plus dramatiser dans une surprotection qui les mettrait dans la position de s'attendre à tout moment à être blessé ou à mourir. Il faut trouver le bon niveau et ne pas empêcher les enfants de vivre et de sortir, car ils risqueraient de s'enfermer dans leur peur".

En bref

Social

– "Cancer : vivement la fin de la double peine." L'amendement au projet de loi santé consacré au "droit à l'oubli bancaire" devrait être examiné cette semaine à l'Assemblée nationale. La mesure, déjà votée au Sénat début octobre, permettrait de faciliter l'accès à l'emprunt des anciens malades du cancer. Lors de l'annonce du troisième plan cancer en 2014, François Hollande s'était engagé à ce que le droit à l'oubli soit facilité et permette à davantage d'anciens malades de nourrir des projets immobiliers ou professionnels, sans être pénalisés par leur dossier médical. Libération pages 24 et 25.

– "Percée de Crédit agricole assurances en santé collective." Au 1er janvier 2016, date de l'entrée en vigueur de la généralisation de la complémentaire santé d'entreprise, Crédit agricole assurances devrait s'être constitué "un portefeuille de 200.000 personnes couvertes", selon Pierre Guillocheau, son directeur des assurances collectives. Les Echos page 28.

Frédéric Lavignette

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