croix

Veuillez effectuer une recherche.

Veuillez effectuer une recherche.

Pauvreté : ces bidonvilles ignorés de tous

En France, 16.000 personnes, dont 36% de mineurs, vivent dans 571 bidonvilles, dans une indifférence quasi générale à l'exception des associations concernées.

"La saison des expulsions bat son plein dans les bidonvilles. A moins de deux semaines du début de la trêve hivernale, une cinquantaine de personnes voient chaque matin leur abri détruit", constate Le Monde.

Depuis juillet, un quart des habitants des campements a déjà été délogé et "sur ces 4.600 expulsés, une moitié à peine a bénéficié de quelques nuits d'hôtel avant de se réinstaller un peu plus loin", explique Manon Fillonneau, déléguée générale du collectif Romeurope.

Pour la première fois cet hiver, les bidonvilles vont être protégés des évacuations, grâce à une mesure de la loi Egalité et citoyenneté, adoptée le 27 janvier dernier. "Mais d'ici au 1er novembre, date à partir de laquelle les expulsions sont interdites, la course au démantèlement des baraquements et des campements de fortune (…) s'accélère, et ce dans un silence assourdissant. Cette misère-là n'intéresse guère dans un pays qui croyait que ses bidonvilles avaient été éradiqués depuis longtemps", relève Le Monde.

Près de 16.000 personnes ont été recensées en avril dans 571 campements illicites (dont 113 en Ile-de-France). Parmi elles : 36% de mineurs. Pourtant, il est difficile de ne pas voir l'alignement de cabanes le long du périphérique ou des autoroutes qui mènent à la capitale, ou ces campements au milieu des bois. "On vit en France sur le mythe que les bidonvilles ont disparu. C'est faux ! Et sur le sujet, on s'inscrit dans une approche cyclique", explique l'historien Yvan Gastaut, de l'université Nice-Sophia-Antipolis, qui s'est intéressé aux bidonvilles apparus au cours des différentes vagues migratoires.

"Aujourd'hui, les habitants des bidonvilles sont dans leur très grande majorité des ressortissants des pays de l'Est, essentiellement des Roumains et des Bulgares, même si on y croise de plus en plus d'autres populations", explique dans Le Monde, Olivier Peyroux, qui dirige l'association Trajectoires.

"Pour les pouvoirs publics, le bidonville, c'est simplement le royaume des Roms, une façon commode de voir les choses, puisqu'ils y sont très majoritaires, et peu importe que tous ne se reconnaissent pas dans cette catégorie", note Florian Huyghe, de la Fondation Abbé-Pierre. "Cet étiquetage politique", pose un problème puisqu'il "vise à limiter l'empathie et même à faire accepter à l'opinion les destructions d'habitat sans relogement", estime le chargé de mission à la Fondation.

Une circulaire interministérielle du 26 août 2012, qui préconise une évaluation des situations des familles avant une évacuation, "n'est plus à l'ordre du jour", déplore Manon Fillonneau. Mais il serait injuste de dire que rien n'a été fait : depuis 2013, 5.000 personnes issues de l'habitat précaire ont été logées, soit un peu plus de 1.000 par an. En moyenne, en France, on vit près de sept ans dans un bidonville, avant d'obtenir un toit.

Pour Manon Fillonneau, "on déplace la misère sans la traiter". De son côté, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a abordé le sujet dans son rapport annuel 2016 présenté en février dernier. "Ce qui n'empêche pas des maires de trouver des stratagèmes destinés à empêcher des enfants de se rendre en classe, des chauffeurs de bus d'interdire la montée, même avec titres de transport…", dénonce Le Monde.

A lire aussi dans la presse

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)