« Paradis sucré » : un roman noir sur le diabète publié par la Mutualité Française et les éditions Pascal

Entretien avec Christine Cognat, journaliste et auteure du livre "Paradis sucré", un roman noir sur le diabète de type 2 à l’île de la Réunion, publié le 14 novembre par la Mutualité Française et les éditions Pascal, en collaboration avec la Mutualité de la Réunion. Cet ouvrage explique, de manière "ludique et accessible au plus grand nombre", ce fléau de santé publique lié à l’alimentation.

Vous êtes l’auteure de "Paradis sucré", un polar santé qui traite du diabète à la Réunion. Pourquoi avoir écrit sur ce thème ?

Christine Cognat – Le diabète constitue une priorité de santé publique, en particulier à la Réunion. Grâce au polar santé, ce problème grave peut être expliqué de manière ludique et accessible au plus grand nombre. Certaines personnes seront peut-être plus réceptives aux messages de prévention véhiculés par cette histoire simple. A l’instar du personnage de Lison, qui se jette volontiers sur du chocolat ou grignote de la charcuterie accompagnée d’un bon verre de vin, chacun peut se retrouver dans ses rapports intimes à la nourriture. Il existe beaucoup de problèmes de santé publique dont on a pris conscience à partir de livres ou de films. Par exemple, le film Philadelphia, sorti en 1993, a contribué au débat autour du sida. Bien évidemment, il faut prendre ce livre comme une fiction, un roman noir qui parle de dia­bète, et non pas comme un livre médical ou de spécialistes.

Quel scandale dénoncez-vous dans ce livre ?

Christine Cognat – Avant de commencer mes recherches et de me rendre à la Réunion, j’ignorais que les industriels de l’agroalimentaire avaient le droit d’ajouter plus de sucre qu’en Métropole dans les produits laitiers et dans les sodas vendus sur cette île. Un fait également avéré aux Antilles. Lorsque j’ai interrogé des fabricants, ils m’ont rétorqué : "Ici, les gens aiment bien le sucre. " Cette explication est scandaleuse quand on connaît le nombre de personnes diabétiques à la Réunion et quand on sait que le sucre est addictogène. La véritable raison est évidemment économique !

Fort heureusement, ces pratiques sont en passe de disparaître suite au vote d’une loi, en juin 2013, créant l’obligation de respecter les mêmes teneurs en sucre en Métropole et en Outre-mer. Cependant, ce texte ne réglera pas le problème des additifs utilisés pour augmenter l’appétence des consommateurs. Bien qu’ils soient suspectés d’être mauvais pour la santé, de nombreux dérivés de sucres, comme le sirop de glucose, sont trop fréquemment utilisés.

Quelle est la situation sanitaire aujourd’hui ?

Christine Cognat – L’Organisation mondiale de la santé estime que près de 350 millions de personnes sont diabétiques dans le monde, une pathologie qui évolue plus vite que le cancer ou les maladies cardio-vasculaires. A la Réunion, une personne sur dix souffre d’un diabète de type 2, lié à l’alimentation et à l’obésité, qui représente 90% de l’ensemble des cas. La prévalence du diabète connu est ainsi estimée à 11% de la population adulte réunionnaise, soit environ deux fois celle de la métropole. Elle s’élève à 17,3% chez les femmes et 17,7% chez les hommes adultes âgés de 30 à 69 ans. Au-delà de 60 ans, ce taux atteint 40% des femmes et 34,3% des hommes. Cette situation sanitaire explique pourquoi la Mutualité de la Réunion a fait du diabète sa priorité !

Propos recueillis par Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)