Paracétamol : la bataille du générique

Et si on déremboursait le paracétamol ? C'est l'idée lancée par Sanofi, dont le Doliprane® domine largement le marché, pour contrer le projet de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) de substituer certains médicaments à base de paracétamol, comme le Doliprane®, l'Efferalgan®, le Dafalgan®, par des génériques, rapporte l'hebdomadaire L'Express n° 3264 (page 28).

Le Doliprane® arrive en 5e position sur la liste des médicaments de ville remboursés par l'assurance maladie, soit plus de 276 millions d'euros en 2012. La substitution pourrait faire économiser au régime général une dizaine de millions d'euros, mais avec l'alignement des prix entre les médicaments princeps et le générique, cette économie interviendra de toute façon, remarquent Les Echos (page 23).

Les deux laboratoires concernés, Sanofi et BMS ont jusqu'au 6 février pour "faire part de leurs remarques" à l'ANSM, qui prendra ensuite sa décision, précisent Les Echos (page 23). Aujourd'hui, explique le quotidien économique, même si le brevet des trois médicaments cités a expiré depuis longtemps, "lorsqu'ils sont prescrits, le pharmacien ne peut leur substituer un générique du paracétamol".

Si le pharmacien obtient désormais le droit de substituer le paracétamol, les deux fabricants vont perdre des ventes en raison du système dit des "marges arrières". A prix égal, ce système rend plus attractive pour le pharmacien la vente de génériques, explique le quotidien économique.

Dans ce dossier, Sanofi estime qu'au moins 500 emplois seraient menacés dans les vingt-six sites de production du Doliprane® en France. D'où sa campagne en faveur du déremboursement, qui pourrait, selon le laboratoire, faire économiser jusqu'à 500 millions d'euros à la Sécurité sociale, soit dix fois plus que l'obligation de substitution, rapporte L'Express.

A lire aussi dans la presse - Chirurgie ambulatoire : des économies à relativiser

Dans son rapport annuel sur la Sécurité sociale, en septembre, la Cour des comptes estimait à 5 milliards d'euros le "potentiel d'économies", généré par le développement de la chirurgie ambulatoire. "Un chiffre déconnecté de la réalité, absurde", estime dans L'Opinion (page 5), Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF). Selon lui, "même avec un taux de 100% ne tenant pas compte de la situation sociale des patients, l'écart de coût entre les tarifs ambulatoires et les tarifs conventionnels n'étaient en 2012 que de 570 millions d'euros".

Actuellement, près de 40% des séjours de chirurgie sont pris en charge en ambulatoire (49% dans le secteur privé, 23% dans les CHU), rappellent Les Echos (page 2). Des résultats bien inférieurs à ceux de certains pays d'Europe du Nord, mais dans lesquels la prise en charge post-opératoire est bien différente de la notre.

"La chirurgie ambulatoire, ce n'est pas la poule aux œufs d'or, ni une recette miracle", poursuit le président de la FHF dans le quotidien économique. "Espérer un taux national de chirurgie ambulatoire au-delà de 65% est de la pure fiction", souligne une étude de la FHF.

Pour cette fédération, de nombreux cas médicaux ne peuvent s'effectuer en ambulatoire : patients âgés, risques de complications, entrées par les urgences, transferts, chirurgie lourde, etc.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)