Pacte de responsabilité : les syndicats haussent le ton

Le président de la République devrait préciser ce matin, lors de ses vœux aux dirigeants syndicaux et patronaux, les contours du pacte de responsabilité. "Tout l'enjeu pour le chef de l'Etat (...) va être de convaincre les syndicats de l'intérêt et de la justesse de la dé­marche pour qu'ils l'accompagnent", estiment Les Echos (page 3). "Car si le patronat applaudit l'initiative, tout reste à faire du côté des organisations de salariés", souligne le quotidien économique.

La CFDT est l'un des rares syndicats qui ne ferment pas la porte à des discussions, tout en y mettant certaines conditions : "Nous avons préconisé une trajectoire, c'est-à-dire un allègement des cotisations qui soit progressif ; et dans le même temps, des engagements qui soient mesurables", indique le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

La "logique de l'offre", choisie par François Hollande pour son pacte de responsabilité, est "inefficace, voire dangereuse", estime, en revanche, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, dans Les Echos (page 3). "Inefficace parce qu'on a déjà pu constater que les allégements généraux de cotisations, ça ne marche pas" et "dangereuse parce qu'elle s'accompagne d'une réduction drastique des dépenses publiques et sociales". Qu'attendez-vous donc des vœux du chef de l'Etat aux forces économiques ?, interroge le quotidien. "Il ne saurait être question de rentrer dans une mécanique d'union nationale et de confusion des responsabilités, répond Jean-Claude Mailly. Quant à négocier des contreparties à la baisse des cotisations annoncées par le chef de l'Etat, je n'y crois pas."

Pour sa part, la CGT se montre encore plus hostile au pacte de responsabilité. "François Hollande est en décalage complet avec les attentes des Françaises et des Français. Il répond presque exclusivement aux revendications du Medef", estime, dans un entretien au Monde (page 6), son secrétaire général, Thierry Lepaon. "On a le sentiment que le Premier ministre c'est Pierre Gattaz et que les ministres chargés de cette nouvelle gestion de la France sont des employeurs !", déplore le leader de la CGT.

Thierry Lepaon est très critique sur la suppression des cotisations familiales pour les entreprises : "C'est la première fois dans notre histoire qu'un président de gauche touche au socle du financement de la protection sociale issu du Conseil national de la résistance." "Demain, cela peut être fait pour d'autres branches de la Sécurité so­ciale", craint-il.

La suppression des cotisations sociales finançant la branche famille inquiète également les associations familiales, qui demandent des garanties sur la pérennité des ressources de la politique familiale. "Il s'agit tout de même de 35 milliards d'euros de cotisations qui pourraient disparaître et dont on voit mal pour l'instant comment elles seront compensées", s'inquiète, dans La Croix (page 4), Laurent Clavenot, secrétaire général de l'Union nationale des associations familiales (Unaf).

"Nous avons bien entendu les assurances du gouvernement (...) sur le sujet, mais nous demeurerons extrêmement dubitatifs sur les futures modalités de financement si le modèle actuel, indexé sur la masse salariale, vient à disparaître", ajoute-t-il.

"Qui peut assurer que les ressources resteront au même niveau (...) compte tenu des contraintes qui pèsent sur les finances publiques ?", interroge-t-il dans La Croix. "Nous pensons aussi qu'il faut maintenir un lien entre le financement de la branche familiale et les entreprises, car celles-ci profitent bel et bien des prestations via leurs salariés, notamment avec l'accueil de la petite enfance", ajoute le dirigeant de l'Unaf.

John Sutton

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