Optique : reconnaître le métier d’optométriste

Le rapport du député Richard Ferrand (PS) sur les professions réglementées, remis lundi au gouvernement, devrait apaiser les tensions avec les pharmaciens, mais il risque de mécontenter les ophtalmologistes, estime La Croix (page 10). Sur ce sujet, deux autres rapports sont attendus qui alimenteront le projet de loi sur la croissance. Il est certes trop tôt pour connaitre les arbitrages du gouvernement, mais, estime La Croix, les 6 milliards d'euros d'économies prévues pour les usagers, grâce à la réforme des professions réglementées, ne seront pas au rendez-vous.

Comment permettre aux Français de renouveler rapidement leurs lunettes, notamment dans les zones où la pénurie d'ophtalmologistes impose des délais parfois très longs ? Le rapport Ferrand propose de conduire une réflexion sur la reconnaissance du métier d'optométriste, une profession peu connue du grand public.

Celle-ci nécessite une formation préalable de deux ans (BTS) pour devenir opticien-lunettier, suivie d'une autre de trois ans. "Cette formation de bac + 5 nous donne des compétences pour faire du dépistage et repérer certaines anomalies visuelles. Dans ce cas, on renvoie vers l'ophtalmologiste", explique, dans le quotidien catholique, Philippe Verplaetse, président de l'Association des optométristes de France (Aof). Ces professionnels s'estiment suffisamment compétents pour recevoir directement une personne désirant une prescription de lunettes. "C'est ce qui existe dans la plupart des pays européens, mais pas en France, où notre profession n'est pas réglementée", rappelle Philippe Verplaetse.

Mais la reconnaissance de ce métier est très mal accueillie par les ophtalmologistes, qui préféreraient une délégation des tâches vers une troisième profession : les orthoptistes. Cette solution a également la faveur du ministère de la Santé. "Ces professionnels sont formés en deux ans dans les facultés de médecine aux côtés des internes. On se connaît donc bien", plaide, dans La Croix, le Dr Jean-Bernard Rottier, président du Snof (Syndicat des ophtalmologistes). Il précise que "ce schéma vient de faire l'objet d'une expérimentation en Pays de Loire qui a montré tout son intérêt".

Le rapport Ferrand suggère également d'"assouplir la vente des médicaments en ligne". "L'idée est qu'à l'avenir, on garde la même obligation de faire transiter la commande via une officine en dur. Dans ce cas, le pharmacien validerait la commande, l'inscrirait dans le dossier du patient, mais pourrait ensuite sous-traiter l'envoi des produits à un grossiste ou un groupement de pharmaciens", explique Philippe Besset, vice-président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). "En revanche, le rapport Ferrand risque de faire hurler les médecins, car il reprend la proposition de Marisol Touraine de confier aux pharmaciens certaines vaccinations", souligne La Croix.

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"Croissance : Bruxelles ne croit pas aux prévisions de la France pour 2015", titre Le Monde en "une". En effet, "la Commission européenne prévoit une croissance française limitée à 0,7% pour 2015. Pour construire son budget, Paris a tablé sur 1%". Cet écart s'explique parce que Bruxelles mise sur une inflation légèrement plus élevée que Paris et n'a pas tenu compte des efforts budgétaires proposés par la France (3,6 milliards d'euros de dépenses en moins) fin octobre, afin d'éviter un rejet pur et simple de son budget 2015.

Quant à la prévision du déficit pour 2016, elle est à prendre avec encore plus de précautions, estime Le Monde Economie & entreprises (page 3), sachant que la Commission, pour le calculer, "raisonne à politiques constantes, sans préjuger des mesures d'économies supplémentaires et/ou des réformes additionnelles que Paris pourrait consentir".

"Croissance, déficits : le scénario rose de Hollande désavoué par Bruxelles", ironise la "une" du Figaro, qui ajoute que "la Commission européenne met en doute les prévisions de croissance et de déficits de la France sur les deux prochaines années". La Commission émet une opinion, mais elle ne peut ni opposer un veto au budget français, ni même le modifier en partie, rappelle Le Figaro-économie (pages 20 et 21).

"La France pourrait tout aussi bien ignorer l'avis. Mais, pour un pays qui est déjà sur le coup d'une procédure en “déficit excessif” et qui a enfreint deux fois le délai de retour aux 3%, ce serait pénétrer en territoire inédit", analyse Le supplément économique du Figaro.

Enfin, Libération pointe dans son titre la responsabilité de l'UE : "Comment l'Europe casse la croissance." "La Commission européenne, par la voix de Pierre Moscovici, continue de prôner des politiques d'austérité qui ont échoué dans toute l'Union, accroissant les déficits et empêchant la reprise", affirme le quotidien.

"Depuis la signature du traité budgétaire, nous prévenons que les politiques d'austérité sont mortifères pour l'Europe, (…). Comme les choses ne s'améliorent pas, la Commission dit qu'il faut faire encore plus de réformes structurelles", dénonce dans Libération (pages 2), Benjamin Costa, professeur d'économie à l'Université Paris 13.

John Sutton

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