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Obésité : la prévention commence avant la naissance

Le Pr Claude Ricour est pédiatre et professeur de nutrition à l’hôpital Necker, à Paris. Il dresse un panorama des causes qui expliquent l’augmentation de l’obésité, notamment chez les enfants. Pour cet expert, la prévention de l'obésité infantile débute dès la grossesse.

On parle souvent d’épidémie au sujet de l’obésité des tout-petits. Est-ce la réalité ?

Claude Ricour – Quand j’ai commencé à travailler sur le thème de l’obésité, il y a une quinzaine d’années, un enfant sur douze était en excès de poids. Aujourd’hui, c’est un sur six ! Ce sont 15 à 18% des enfants qui sont concernés par cette pathologie. Mais il faut savoir que toutes les catégories de population n’encourent pas le même risque : les familles dont la situation économique est difficile sont plus exposées, puisqu’un enfant sur quatre est alors atteint. A l’autre bout de l’échelle sociale, c’est le cas de un sur huit.

Ces chiffres conduisent à parler effectivement d’épidémie, bien que l’obésité ne soit pas une maladie infectieuse. C’est un fait totalement nouveau dans l’histoire de l’humanité, qui concerne les pays en développement comme les plus riches ! Par exemple, en Europe, tous les pays sont touchés, y compris ceux du Sud, où est pourtant né le fameux régime méditerranéen, connu pour être équilibré.

Quelle est la cause de ce phénomène ?

Claude Ricour – C’est la grande question ! En fait, il existe une multiplicité de facteurs, qu’ils soient d’ordres social, alimentaire, génétique... Il faut tout d’abord réfléchir aux facteurs individuels. Pour cela, il convient de considérer l’enfant dans sa "niche" écologique familiale. L’offre alimentaire et les possibilités financières ou éducatives de la famille entrent en ligne de compte pour comprendre le mécanisme de la prise de poids. Il faut ensuite élargir cette observation à un environnement plus large : l’école, la possibilité pour l’enfant de faire, ou non, une activité physique, les publicités qu’il voit dans la rue ou à la télévision. La société dans son ensemble a un rôle important en termes d’offre et de consommation alimentaire, de mode de vie... C’est le troisième niveau environnemental à prendre en compte.

Que préconisez-vous pour prévenir l’obésité ?

Claude Ricour – Les professionnels doivent absolument transmettre leurs savoirs sur une bonne alimentation aux familles les moins favorisées. Concrètement, il faut surveiller deux éléments au cours de la grossesse : une prise de poids trop rapide doit alerter. Secundo : le diabète gestationnel doit être dépisté et traité. En outre, l’enfant en excès de poids ou à haut risque devrait être repéré le plus tôt possible.

Que doivent savoir les futurs parents ?

Claude Ricour – Ils doivent être formés sur les risques à ne pas faire courir à leur futur enfant, comme la dangerosité de l’alcool et du tabac durant la grossesse. La jeune femme en excès de poids devrait arriver à une maîtrise de son poids grâce à une alimentation mieux équilibrée et à une activité physique soutenue.

Par ailleurs, les professionnels de santé ont à tenir compte de la situation sociale, psychologique et financière des patientes, lesquelles cumulent les risques si elles se trouvent en difficulté dans ces domaines.

Quelles sont les autres étapes à ne pas manquer ?

Claude Ricour – La grossesse est un moment privilégié pour présenter aux futurs parents les avantages et les difficultés de l’allaitement et expliquer ce qu’est une bonne alimentation au biberon. Ainsi, après la naissance, ils se sentiront libres de choisir, en toute connaissance de cause, l’une ou l’autre possibilité. Enfin, pendant les six premiers mois de la vie du bébé, la courbe de prise de poids doit être bien suivie.

A partir de 1 an et jusqu’à 3 ans, il faut expliquer aux parents que l’enfant peut avoir une alimentation plus variée mais adaptée en quantité et en rythme, les sensibiliser au fait qu’un tout-petit doit pouvoir jouer et se dépenser. Là encore, la surveillance de sa corpulence est nécessaire. Pour cela, le carnet de santé est une aide précieuse puisque ce document comporte les courbes de poids, de taille et de corpulence.

Propos recueillis par Milène Leroy

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)