Un nouveau traitement mini-invasif contre le cancer de la prostate

Le Dr Michel Suberville, chirurgien urologue à la clinique mutualiste Saint-Germain de Brive.

La clinique mutualiste Saint-Germain de Brive expérimente depuis cinq mois l'électroporation irréversible, une technique innovante qui détruit, sans effets secondaires, les petites tumeurs prostatiques. Explications avec le Dr Michel Suberville, chirurgien urologue dans cet établissement.

A Brive (Corrèze), la clinique mutualiste Saint-Germain expérimente une nouvelle technique pour traiter le cancer de la prostate : de quoi s'agit-il ?

Dr Michel Suberville – Nous sommes effectivement entrés en décembre 2016 dans un protocole expérimental européen, en partenariat avec l'hôpital Tenon, à Paris, pour tester l'électroporation irréversible, un traitement focal du cancer de la prostate. C'est un traitement conservateur, car il ne s'agit pas d'enlever la prostate mais de cibler uniquement la zone concernée.

Concrètement, on utilise du courant de haut-voltage à faible intensité sur la tumeur cancéreuse. Les impulsions électriques modifient la perméabilité membranaire des cellules tumorales et entraînent leur destruction.

Cette technique concerne des tumeurs prostatiques de petit volume, issues du dépistage du cancer de la prostate. Depuis que l'on dispose d'un marqueur pour dépister cette pathologie, l'antigène spécifique de la prostate ou PSA, on découvre en effet beaucoup de lésions millimétriques d'un score d'agressivité faible. Or, les traitements existants sont, eux, assez agressifs, qu'il s'agisse de la chirurgie, de la radiothérapie ou de la curiethérapie.

D'où vient cette thérapie?

Dr Michel Suberville – Elle a été initiée aux Etats-Unis, mais surtout développée en Europe, notamment en Allemagne, avec un recul de quatre ou cinq ans sur environ 500 patients.

A l'origine, elle concernait le cancer du pancréas, qui est une pathologie de mauvais pronostic, mais plutôt rare. Elle a permis d'obtenir, chez ces malades, des taux de survie assez inespérés. D'où l'idée d'étendre cette technique à des cancers plus fréquents. C'est le cas de celui de la prostate, qui est le premier cancer, par ordre de fréquence, chez l'homme après 50 ans.

Différents agents physiques sont déjà employés pour traiter ces cancers de façon minimaliste. Par exemple, la cryothérapie, qui entraîne une nécrose de la tumeur par le froid, mais c'est une technique assez difficile à maîtriser. Il y a également les ultrasons focalisés, qui provoquent une nécrose de coagulation par entraînement thermique. Ce sont des interventions compliquées, en raison du risque de lésions secondaires, comme la création accidentelle d'une communication entre le rectum et la prostate, qui sont ensuite difficiles à réparer.

Comment se déroule l'opération ?

Dr Michel Suberville – Elle se pratique sous anesthésie générale, car le courant de haut voltage déclenche des réflexes musculaires : il faut que le patient soit totalement relâché.

Le plus délicat, c'est le repérage de la zone tumorale. Nous sommes équipés d'un échographe spécial, qui permet de superposer les images IRM et les images échographiques : pour guider le positionnement de nos aiguilles, nous nous aidons de cette fusion d'images, qui, sous l'échographe, indique la zone d'intervention.

Après, cela ressemble un peu à la bataille navale ! Nous avons une grille de visée nous plantons les aiguilles par le périnée. Nous posons ensuite une sonde urinaire, que le patient conserve quelques heures.

Quels sont les avantages de l'électroporation irréversible ?

Dr Michel Suberville – En premier lieu, l'électroporation ne provoque pas de dégagement thermique. Il n'y a donc pas de risque de destruction de tissus de soutien. Seules les cellules actives sont attaquées.

Ensuite, c'est une technique simple, peu invasive et non douloureuse. Nous la pratiquons en semi-ambulatoire, c’est-à-dire que nous ne gardons pour la nuit que les patients dont le domicile est éloigné de la clinique.

La phase post-opératoire se rapproche de la biopsie de la prostate avec, comme seuls effets secondaires, des traces de sang dans les urines ou dans le sperme.

Les tests réalisés en Allemagne confirment l'absence de troubles urinaires, d'incontinence ou de troubles érectiles post-opératoires. Il n'y a pas non plus de risques de tumeurs secondaires chez les hommes jeunes, comme cela peut se produire avec la curiethérapie. Les patients reprennent une activité normale quelques jours après l'intervention.

Enfin, une seule séance suffit, contre 35 séances, avec des séquelles secondaires, dans le cas de la radiothérapie. Le coût d'une séance est de 3.500 euros, ce qui est beaucoup moins onéreux que la chirurgie ou les rayons. Pour l'instant, l'acte n'étant pas côté, il n'y a pas de prise en charge par la Sécurité sociale.

L'expérimentation est entièrement financée par la clinique, mais on nous annonce l'éventualité d'une prochaine étude rémunérée, sous l'égide de la Haute Autorité de santé (HAS).

Quels sont les premiers résultats de l'expérimentation ?

Dr Michel Suberville – Les résultats initiaux sont très encourageants et nous sommes enthousiastes sur le rapport efficacité/risques. Nous avons mis en place un suivi trimestriel après intervention, qui comprend une IRM et un contrôle PSA. Le protocole prévoit également des biopsies sur les zones traitées au bout d'un an.

Nous avons démarré en décembre 2016. Il est donc trop tôt pour les biopsies, mais, d'ores et déjà, les résultats préliminaires sur les marqueurs biologiques et les IRM sont parlants. On observe sur ces images une sorte de cavitation qui indique que la zone tumorale a été détruite.

Nous traitons les patients par sessions de cinq personnes tous les trois mois. Nous avons ainsi déjà traité une dizaine de patients, et une centaine l'a été à l'hôpital Tenon. Notre objectif est de présenter les résultats de l'expérimentation en novembre 2017, lors du congrès d'urologie de Paris.

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

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