« Nous sommes tous Charlie »

Ce slogan a été scandé hier soir par des dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées spontanément dans toutes les villes de France et même à l’étranger, pour rendre hommage aux douze personnes tuées dans l’attentat survenu à Paris contre le journal satirique Charlie Hebdo. Des appels à manifester se sont multiplié dès l’après-midi sur les réseaux sociaux, autour du slogan : "Nous sommes tous Charlie !"

A Paris, malgré la montée au niveau maximal du plan Vigipirate, on dénombrait 35.000 personnes sur la place de la République, où un mur de bougies entourait la statue, rapporte Le Figaro (page 6). "La liberté de la presse n’a pas de prix", pouvait-on lire sur la pancarte brandie par un professeur d’histoire-géo, tandis que la foule scandait : "Liberté d’expression !"

Le président de la République a annoncé hier soir, dans une allocution télévisée, une journée de deuil national ce jour en hommage aux victimes, indique Le Figaro (page 5). François Hollande a précisé que les drapeaux seront mis en berne pendant trois jours et qu’un "moment de recueillement" sera observé dans les services publics aujourd’hui à midi. "Ces hommes, cette femme, sont morts pour l’idée qu’ils se faisaient de la France, c’est-à-dire la liberté. (…) Ce sont aujourd’hui nos héros", a déclaré le chef de l’Etat, cité dans Libération (page 18).

"Notre meilleure arme, c’est notre unité, l’unité de tous nos concitoyens face à cette épreuve, a-t-il ajouté. Rien ne peut nous diviser, rien ne doit nous opposer, rien ne doit nous séparer." "La liberté sera toujours plus forte que la barbarie (…). Le rassemblement de tous, sous toutes ces formes, voilà ce que doit être notre réponse. (…) Rien ne pourra nous faire fléchir", a conclu François Hollande.
Jour de deuil également dans l’ensemble de la presse française. Les "unes" des journaux, toutes sensibilités confondues, appellent à faire front face à la "barbarie" et à la "liberté assassinée". "Nous sommes tous Charlie", titre sobrement Libération sur un fond noir. "Ils ont tué Cabu ! Ils ont tué Wolin, Charb, Tignous, Bernard Maris et les autres !, à la manière du “Ils ont tué Jaurès” de l’été 1914", écrit le directeur de Libé, Laurent Joffrin dans son éditorial (page 3).

"La liberté assassinée", clame la "une" du Figaro, qui publie les photos de six des dessinateurs et journalistes tués. Dans son éditorial, intitulé "La guerre", le directeur Alexis Brézet, annonce "une vraie guerre, menée non par des soldats, mais par des assassins de l’ombre, des tueurs méthodiques et organisés, dont la tranquille sauvagerie glace le sang. Elle a tué, hier, en plein Paris".

"C’est la liberté qu’on assassine", aussi pour la "une" de L’Humanité. Pour son directeur Patrick Le Hyaric, "dans ces heures tragiques, dans un contexte où les tensions ne cessent de monter, la République une et indivisible, tolérante, laïque et sociale, doit plus que jamais s’affirmer. Elle doit résister et faire front contre ces lâches et ces barbares".

Le quotidien économique Les Echos appelle lui aussi à faire "Face à la barbarie" et publie le dernier dessin prémonitoire de Charb, assassiné hier, lé­gendé : "Toujours pas d’attentat en France", auquel répond un terroriste : "On a jusqu’à la fin janvier pour présenter ses vœux." "Des salauds cagoulés ont déclaré la guerre à la France, à notre démocratie, à nos valeurs", dénonce Nicolas Barré dans l’éditorial des Echos (page 10).

"Ils ne tueront pas la liberté", titre la "une" du Parisien/Aujourd’hui, surplombant une forêt de manifestants brandissant des affiches "Je suis Charlie". "Cet attentat, le plus grave commis en France depuis des décennies, est un acte de guerre contre la démocratie, contre la liberté, contre la République, contre tous ces idéaux qui nous animent, écrit le directeur du journal, Thierry Borsa (page 2). (…) Ceux qui manient la terreur au nom de leur religion préfèrent l’obscurantisme, la haine sauvage, la folie meurtrière."

Enfin, La Croix évoque "La France meurtrie", illustrée par un dessin de Deligne, représentant un encrier renversé sur la liberté d’expression. Sur la "une", l’éditorial de la directrice, Dominique Quinio, affirme que "s’attaquer aux médias, à la liberté d’informer (fût-ce de caricaturer), c’est refuser une société de débat, d’insolence et de pluralisme, c’est s’attaquer aux fondements de la démocratie". "Gardons sang-froid et di­gnité, ne cédons pas à la panique, refusons toute exploitation de ce drame. Cette cohésion sera notre hommage aux victimes", conclut l’éditorialiste.

John Sutton

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