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Nanoparticules dans nos assiettes : « Nous attendons du courage politique ! »

Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes chez Agir pour l'environnement.

Les nanoparticules s'invitent en masse dans notre alimentation. Toujours à notre insu. Face à une technologie peu tracée, peu réglementée et peu contrôlée, Magali Ringoot, coordinatrice des campagnes chez Agir pour l'environnement, réclame un moratoire sur la commercialisation des produits contentant ces matériaux.

Une récente enquête de "60 millions de consommateurs" révèle la présence de nanoparticules dans 100% des produits alimentaires testés. En quoi ces résultats peuvent-ils inquiéter ?

Magali Ringoot – Cette technologie, qui permet de manipuler la matière à l'échelle nanométrique, est relativement récente. Elle a fait son apparition massive dans la vie courante dans les années 2000. Or, alors qu'elle est présente dans le textile, les dentifrices, les peintures, l'alimentation, on sait à peine la mesurer, malgré les progrès de la métrologie.

De fait, elle échappe à la réglementation européenne sur les substances chimiques, Reach, car cette dernière n'est pas adaptée à la spécificité nano. C'est donc une technologie peu tracée, peu réglementée et peu contrôlée.

Les nanoparticules sont des substances très mobiles et très réactives. Leurs effets sont imprévisibles. Dans ce contexte, se pose la question de leur toxicité, mais aussi de l'effet cocktail dans l'organisme.

D'où notre combat pour aller chaque jour à la pêche aux informations pour essayer de déterminer les tonnages utilisés, savoir qui les utilise et quels sont leurs effets… Nous avions, nous aussi, mené une étude, en 2016, sur des biscuits, chewing-gums et de la blanquette de veau. Elle a montré que tous les échantillons étudiés contenaient des nanoparticules, telles que le E171, du dioxyde de titane utilisé généralement comme colorant alimentaire.

Que sait-on des effets des nanoparticules sur la santé ?

Magali Ringoot – Là aussi, nous manquons d'informations. Ce que l'on sait, c'est que, de par leur taille, 50.000 fois plus petite qu'un cheveu, elles peuvent traverser les barrières physiologiques et se loger dans le cerveau, le foie ou les reins. Certaines études sont d'ailleurs assez préoccupantes. C'est le cas des travaux menés par l'Inra, l'Institut national de recherche en agronomie, en janvier 2017 sur des rats.

Dans son tout dernier avis, publié en mai 2017, l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, a confirmé la validité de ces travaux et demandé le classement des nanomatériaux comme substance dangereuse. Il est donc urgent de disposer d'études plus précises pour connaître la réalité de ces dangers.

Le consommateur a-t-il les moyens de savoir s'il consomme du dioxyde de titane sous forme nanométrique ?

Magali Ringoot – En théorie, il devrait en avoir les moyens. Un règlement européen d'information du consommateur, l'Inco, oblige les industriels à indiquer la mention "nano" entre crochets devant le nom des additifs lorsque ceux-ci sont utilisés sous cette forme. Nous avons beau chercher, nous n'avons trouvé aucun portant cette mention !

Or, comme pour les OGM, plus le consommateur est informé des enjeux des nouvelles technologies, plus il peut se poser la question du bénéfice/risque pour sa santé. Nous avons alerté la DGCCRF, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, de ces manquements, mais les choses avancent à la vitesse de l'escargot !

Face à l'exposition aux nanoparticules, que réclamez-vous ?

Magali Ringoot – On fait parfois le parallèle avec l'amiante. Avec cette donnée supplémentaire qu'ici, les enfants sont en première ligne, puisque le dioxyde de titane est utilisé dans les confiseries et les gâteaux.

Tirons les leçons du passé ! Les pouvoirs publics sont dépassés par l'avancée de cette technologie et par le nombre de brevets déposés pour son utilisation. Pourquoi aller aussi vite entre la mise au point d'une technologie et l'exposition du consommateur ?

Posons-nous la question du rapport bénéfice-risque : à quoi servent ces nanoparticules. Que nous apportent-elles ? Rien ! Il n'y a aucun apport nutritionnel, leur effet est purement esthétique ou de confort pour le fabricant.

Est-ce que cela vaut la peine de prendre de tels risques ? Au nom du principe de précaution, nous réclamons un moratoire sur la commercialisation des produits de consommation contenant des nanoparticules de synthèse, le temps de disposer d'études supplémentaires. Nous attendons à présent des décisions. Nous attendons du courage politique !

Propos recueillis par Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)