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« Mutations » explore les déserts médicaux

Comment lutter contre les déserts médicaux ? C’est le thème du numéro d’avril 2018 de "Mutations", le magazine de débats de la Mutualité Française. Avec une interview d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé.

Domats, son église, ses commerces et… son pôle médical. Désormais, cette structure de soins figure parmi les atouts de ce village de 900 habitants de l'Yonne, resté près de deux ans sans médecin, suite au départ à la retraite du dernier généraliste. Mais grâce à l'initiative de la municipalité et à la mobilisation des habitants, qui se sont cotisés à hauteur de 75.000 euros, Domats ouvre en 2013 ce pôle de santé qui aujourd'hui ne désemplit pas. Une centaine de patients viennent même de Sens, située à plus d'une vingtaine de kilomètres. Comme jadis les Domatiens, près de 5,2 millions de Français vivent dans un désert médical, alors que dans d'autres régions, c'est la pléthore médicale qui est la réalité.

Dans son édition d'avril 2018, "Mutations", le magazine de prospective et de débat de la Mutualité Française, ausculte les déserts médicaux et surtout les moyens de les abolir. Un constat : la mauvaise répartition sur le territoire des professionnels de santé n'est pas un phénomène nouveau. Elle existe depuis 1850, explique Guillaume Chevillard, géographe de la santé à l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Les "déserts" ne se situent pas toujours où on les imagine. Certes, ils touchent des zones rurales, mais aussi des espaces périurbains, comme la périphérie du grand bassin parisien.

L'attrait de l'exercice collectif

Pour remédier à cette situation, l'Etat et l'assurance maladie ont mis en place une série de dispositifs destinés à attirer les jeunes médecins dans les zones sous-denses : incitations financières, majoration des honoraires, bourses aux futurs diplômés... Mais la portée de ces aides restent encore limitée.

Les raisons sont multiples. Certaines d'entre elles sont à rechercher du côté des aspirations des nouvelles générations de praticiens, comme l'illustre le témoignage de Sophie Augros, médecin généraliste et ancienne présidente de Reagjir, une intersyndicale de généralistes remplaçants ou installés depuis moins de cinq ans. Pour cette professionnelle de santé, les nouveaux médecins recherchent plus une activité en collectif, à la fois pour améliorer la qualité des soins, mais aussi pour pouvoir concilier vie professionnelle et vie personnelle, mieux que ne le permet l'exercice individuel.

De leur côté, à l'instar de Domats, des collectivités territoriales prennent l'initiative pour assurer un accès aux soins à leurs habitants. A Laval (Mayenne), le département et le conseil de l'Ordre sont à l’origine d'un centre médical de proximité employant quinze médecins retraités et deux internes. Un centre municipal de santé a vu le jour à La Ferté-Bernard (Sarthe). A Montreuil (Seine-Saint-Denis), la ville accompagne l'installation de médecins libéraux via la fourniture de locaux et leurs aménagements…

Le pari de la digitalisation de la santé

Dans un long entretien à "Mutations", la ministre de la Santé propose un "nouveau paradigme" pour lutter contre les déserts médicaux. Il faut penser "temps médical accessible" plutôt qu'"installation". "Il s'agit de projeter ce temps médical vers des zones déficitaires, notamment en revalorisant les consultations de professionnels qui iraient y exercer un ou deux jours par semaine, ou par mois", explique Agnès Buzyn. Autre levier d'action : "Compléter le paiement à l'acte par des rémunérations au parcours de soins avec lesquelles il est possible de payer plusieurs professionnels de santé".

Et si on faisait le pari de la digitalisation de la santé pour faire reculer les déserts médicaux ?, questionne Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), dans une tribune libre. La télémédecine, utilisée dans de nombreux pays, ou l'intelligence artificielle, ouvrent des perspectives prometteuses, juge-t-il. Les efforts conjugués des pouvoirs publics, des acteurs locaux et des professionnels de santé feront-ils que demain, l'expression "déserts médicaux" appartiendra au passé ?

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Jean-Michel Molins

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)