La mortalité liée aux maladies cardio-vasculaires recule en Europe de l’Ouest

Première cause de mortalité au niveau mondial, les maladies cardio-vasculaires tuent aujourd'hui moins que le cancer dans douze pays européens, dont la France, selon une étude de la British Heart Foundation. Ces travaux soulignent néanmoins de fortes disparités selon les pays.

En moyenne, on meurt moins de maladies cardio-vasculaires au sein de l'Union européenne. Le cancer tue désormais davantage dans douze pays d'Europe de l'Ouest. C'est le constat d'une étude consacrée aux maladies cardio-vasculaires en Europe, réalisée par des chercheurs de l'université d'Oxford, publiée le 15 août 2016 dans l'European Heart Journal.

Si elles sont responsables de la mort de plus de de 4 millions de personnes chaque année en Europe (dont 1,4 million avant l'âge de 75 ans), soit 45% des décès, les maladies cardio-vasculaires sont en net recul en France, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Italie, Slovénie, Portugal, Luxembourg, Royaume-Uni, Danemark, Norvège et Israël, indiquent ces travaux. Ainsi, en France, en 2011, plus de 92.000 hommes sont morts d'un cancer et 64.700 d'une maladie cardio-vasculaire.

Sur l'ensemble de l'Europe, en revanche, elles continuent à faire deux fois plus de victimes que le cancer.

Messages de prévention

Dans le détail, les chercheurs de la British Heart Foundation ont étudié le moment où la mortalité par cancer a pris le pas sur la mortalité imputable à une maladie cardio-vasculaire (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque, accidents vasculaires cérébraux).

Fait notable : c'est en France que cette transition est la plus précoce. Le basculement date en effet de 1988 en ce qui concerne les hommes, alors qu'il n'est observé qu'en 2006 en Espagne, 2009 au Portugal, 2012 en Italie et 2013 en Norvège.

Parmi les causes possibles de cette transition : une moindre exposition aux facteurs de risque, liée aux progrès en matière de prévention des maladies cardio-vasculaires (messages sur les dangers du cholestérol, promotion de la pratique d'une activité sportive...).

"Une moins grande latence entre l'exposition au risque et la survenue de la maladie cardio-vasculaire par rapport au cancer peut expliquer cette plus grande réactivité aux mesures de prévention", commente Grégoire Rey, directeur du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc-Inserm), qui souligne également l'amélioration de la prise en charge et du traitement de ces pathologies.

Inégalités marquées

L'étude britannique fait état de "grandes disparités" face au fléau des maladies cardio-vasculaires au sein de l'Europe. "Sur un total de 3,8 millions de morts dans les pays de l'ancienne Europe des 15, 33% sont causées par des maladies cardiovasculaires, contre 38% dans l'Europe actuelle à 28 pays et 54% dans les pays non-membres de l'Union européenne", détaille le document. Autrement dit : les pathologies cardio-vasculaires tuent moins chez les membres historiques de l'Union européenne.

"Pour ce qui concerne la France, relève Grégoire Rey, la mortalité chez les hommes jeunes y est historiquement très élevée en raison notamment de comportements à risque (tabac, alcool, accidents de la route, VIH…) alors qu'elle est particulièrement faible après 70-75 ans. Or, les maladies cardio-vasculaires sont parmi les causes de décès qui surviennent le plus tard. L'âge moyen au décès est nettement plus élevé que pour le cancer. On peut faire l'hypothèse que cette caractéristique explique l'exception française dans les résultats observés."

Un besoin de données de santé

Les inégalités concernant les maladies cardio-vasculaires portent à la fois sur la mortalité mais aussi sur les traitements et sur les conséquences de la maladie. Elles sont particulièrement marquées dans les pays de l'Europe de l'Est.

Pour preuve, les résultats d'un indicateur utilisé par le Dr Nick Townsend, responsable de l'étude britannique : le nombre de jours en bonne santé perdus à cause des maladies cardio-vasculaires, autrement appelés Dalys (Disability-Adjusted Life Years), ou en français, l'espérance de vie corrigée de l'incapacité (EVCI).

En 2012, le nombre de Dalys perdus à cause des maladies cardiovasculaires en était au plus haut en Ukraine (194 pour 1.000 personnes), en Russie (181), Bulgarie (167), Biélorussie (163), et en Lettonie (153). A comparer, par exemple, au Luxembourg (39 pour 1.000), Chypre (37), Irlande (35), et Israël (26).

Pour mieux cibler la lutte contre ces inégalités, les chercheurs estiment nécessaire de disposer de données plus fiables, afin d'améliorer les comparaisons entre pays. "En particulier des données sur le nombre de nouveaux cas et de personnes vivant avec une maladie cardiovasculaire en Europe, mais aussi sur le fléau caché que représentent les personnes qui n'ont pas été identifiées par les services de santé et qui ne sont donc pas dans les statistiques".

En savoir +

  • Les maladies cardio-vasculaires restent la première cause de mortalité au niveau mondial, puisqu'elles sont responsables de 17,5 millions de décès par an, selon les données (2012) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 3 décès sur 10.
  • Cliquer ici pour consulter l'étude (en anglais) de la British Heart Foundation.
  • Le site Internet de la British Heart Foundation.
Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)