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Mieux soignés demain : les remèdes et les espoirs d’Etienne Caniard

Alors qu'il achève le 23 juin 2016 son mandat de président de la Mutualité Française, Etienne Caniard livre, dans un ouvrage intitulé "Mieux soignés demain !", ses propositions d'amélioration du système de santé. Débat public et réorganisation de l'offre sont pour lui les clés d'une "protection sociale rénovée… et enfin régulée".

C'est le livre d'un "optimiste" ! Et pourtant… à la veille de quitter son siège de président de la Mutualité Française, Etienne Caniard nous offre, au-delà de quelques pages sobres et personnelles, un regard sans concession sur le système de santé et de protection sociale français.

Dans "Mieux soignés demain !", un ouvrage écrit avec le concours d'Eric Favereau, journaliste à "Libération", le président de la FNMF livre en effet un diagnostic sévère et lucide sur notre organisation des soins, ses freins, ses leviers.

"La médecine évolue très vite, mais nous ne savons pas adapter l'organisation, l'offre et les financements au progrès médical", regrette-t-il.

Résultat : les Français sont "doublement victimes, d'abord comme patients, ensuite comme assurés sociaux, puisqu'ils supportent le coût de cette inorganisation".

Le principal frein, c'est d'abord une perte de confiance dans le système. Perte de confiance dans les vaccins, que seuls peuvent stopper "le débat public, le partage de données scientifiques étayées" pour faire taire "les rumeurs qui se répandent dans une opinion publique mal informée". "Les objectifs de santé publique ne seront jamais partagés sans débat, notamment sur l'opposition entre approche collective et approche individuelle", insiste cet expert.

Perte de confiance

Perte de confiance, aussi, dans le médicament. Les génériques sont les premiers à en pâtir. "La France connaît un taux de pénétration (…) beaucoup plus faible que tous nos voisins, avec les conséquences que cela entraîne sur les comptes de la Sécurité sociale", rappelle Etienne Caniard.

Nous serions ainsi "le pays dans lequel le doute sur l'efficacité des génériques est le plus présent, principalement car trop peu de médecins combattent les idées fausses de la population".

Quant au mécanisme de fixation des prix et du taux de remboursement, il est devenu "un millefeuille illisible" qu'il est temps de remplacer par un dispositif plus compréhensible. Une évolution d'autant plus nécessaire que "c'est probablement le médicament qui a le plus fait progresser le système de santé dans les dernières décennies".
Perte de confiance, enfin, en une organisation "inchangée dans les grandes lignes de son architecture depuis un demi-siècle, qui n'est plus adaptée aux possibilités thérapeutiques qui sont les nôtres".

De l'humain dans les soins

Pour regarder l'avenir plus sereinement, Etienne Caniard propose quelques pistes pour "une médecine sobre dans ses moyens et ambitieuse dans ses résultats". Il suggère, par exemple, de favoriser "l'émergence de nouveaux métiers pour permettre à chacun de mieux développer et exercer ses compétences". Autrement dit, de "sortir d'un mode d'organisation autour du seul médecin pour inventer de véritables coopérations professionnelles".

Et de changer radicalement le mode de rémunération des médecins. "Cela ne me choque pas que l'on rémunère mieux un professionnel quand il agit dans le sens de l'intérêt général", affirme-t-il au sujet de la rémunération sur objectifs de santé publique.

Autre mesure nécessaire : organiser le parcours du patient. "Une entreprise très ambitieuse", admet Etienne Caniard. Mais les progrès techniques peuvent favoriser cette organisation. Ils sont même, contre toute attente, "une chance pour redonner une dimension humaine aux soins", estime le président de la Mutualité, citant les équipes qui expérimentent des téléconsultations dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) mutualistes. "Elles sont unanimes pour souligner combien ce mode d'organisation est synonyme d'attention à l'autre, d'écoute, de respect de la personne."

Réduire les inégalités

"Nous avons les yeux rivés sur le PIB mais ne voyons plus que cet indicateur ignore la qualité de vie, ne s'intéresse pas à la répartition des richesses et néglige les atteintes à l'environnement", dénonce le président de la FNMF.

Pour améliorer l'état de santé de la population, préconise-t-il, "il faut d'abord agir sur les inégalités. C'est en diminuant les disparités, en rapprochant les modes de vie que l'on améliore les indicateurs sanitaires".

C'est tout l'objet d'une politique de prévention trop longtemps négligée au profit du traitement des pathologies installées. Face à l'ampleur des déficits, l'approche budgétaire de court terme est souvent préférée à une organisation cohérente de l'offre, déplore Etienne Caniard qui aspire à la mise en œuvre d'"une protection sociale rénovée… et enfin régulée".

Pour que le système perdure, assure-t-il, "il faut confier aux complémentaires une partie de la gestion du risque", une "démarche pragmatique" qui permet de l'adapter aux territoires et aux pratiques des professionnels.

La solidarité existe

La solution passe, à ses yeux, par "un pilotage décentralisé, faisant une place importante à tous les acteurs, financeurs bien sûr, mais aussi et peut être surtout professionnels de santé et usagers". A condition "que l'Etat cesse de tout vouloir gérer de l'avenue de Ségur (adresse du ministère de la Santé) ou de la porte de Montreuil (localisation de la Caisse nationale d'assurance maladie) en prenant la place d'acteurs complètement déresponsabilisés".

En ce sens, l'irruption du numérique est l'occasion de repenser le rôle de l'Etat, faute de quoi, prévient Etienne Caniard, "nous retomberons dans les travers anciens".
Au final, conclut l'optimiste, "notre société ne fonctionne pas si mal, la solidarité existe". Sans occulter les difficultés, "regardons ce qui fonctionne, changeons de regard sur la santé", laissons toute sa place au débat et "l'avenir du système de santé nous apparaîtra sous un autre jour, plus souriant".

En savoir +

"Mieux soignés demain !", par Etienne Caniard, Le Cherche-Midi, 16 euros.

Sabine Dreyfus

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)