Médicaments génériques : un combat de longue date

Les médicaments génériques ont aujourd'hui trouvé leur place dans l'armoire à pharmacie des Français. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Au début des années 1980, la Mutualité Française est pratiquement seule à défendre l'intérêt de ces copies de médicaments originaux, dont le brevet est tombé dans le domaine public. Les génériques, fait-elle valoir, ont le même effet thérapeutique, mais ils sont 30% à 50% moins chers car les frais de recherche sont amortis.

Cet engagement de la Mutualité Française se traduit en 1987 par l'édition d'un premier "Guide des spécialités" à l'usage des médecins : il présente une liste de 10 molécules permettant de comparer, à efficacité égale, le prix des médicaments vendus en pharmacie. Ce document, enrichi à chaque nouvelle édition, provoque l'hostilité de l'industrie pharmaceutique. Le mouvement mutualiste est accusé de vouloir "tuer" la recherche sur le médicament en privant les laboratoires du fruit de leurs investissements.

Mais cette accusation ne résistera pas à l'épreuve du temps. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, deux pays particulièrement innovants en matière de nouveaux médicaments, montrent l'exemple en développant massivement les génériques, contrairement à la France.

En novembre 1996, la Mutualité Française publie une nouvelle version du "Guide des spécialités comparables". Mais, cette fois, l'idée est reprise par les pouvoirs publics, qui voient dans les génériques un moyen de faire des économies sans nuire à la santé. En 1998, la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) adresse pour la première fois aux médecins généralistes une liste de 224 médicaments avec leurs génériques.

L'étape la plus décisive reste le droit de substitution, accordé aux pharmaciens en 1999. Il les autorise à remplacer un médicament prescrit par son générique, sauf avis contraire du médecin ou du patient. Cette réforme, mise en place par la ministre de de la Solidarité, Martine Aubry, permet enfin aux médicaments génériques de prendre leur essor. La part des boîtes de génériques vendues est passée de 2% en 1998 à 17% en 2006. Ce progrès représente une économie substantielle de 912 millions d'euros en 2006. Autant de moyens qui peuvent être consacrés à la prise en charge des traitements innovants !