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Médicaments : comment freiner la surconsommation

Les dépenses de médicament ne cessent de grimper, notamment en raison des nouveaux traitements toujours plus onéreux. "Les pouvoirs publics doivent enrayer cette hausse, tout en préservant la qualité des soins", souligne Le Monde économie & entreprise, qui dévoile dans une double page (pages 6 et 7) les pistes envisagées pour y parvenir.

En décembre, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) indiquait son intention d'inscrire le Doliprane®, l'Efferalgan® et le Dafalgan® au répertoire génériques, tandis que le Comité économique des produits de santé (CEPS), l'instance qui fixe le prix des médicaments, annonçait une baisse de 5 centimes de leur tarif. "Cette baisse interviendra fin 2014 et permettra d'économiser à l'assurance maladie une vingtaine de millions", es­time Dominique Girogi, président du CEPS.

Le Doliprane®, remboursé et non génériqué, coûte actuellement 276 millions d'euros à la Sécurité sociale et 117 millions aux mutuelles, rappelle Le Monde, qui y voit un emblème des paradoxes du système français. D'un côté, la nécessité de réduire la facture des médicaments fait consensus, mais de l'autre, "les autorités doivent composer avec l'héritage d'un passé pas si lointain". "Jusqu'au début des années 1990, le prix des médicaments était fixé selon des considérations très politiques, explique un observateur. Ils étaient négociés en échange de promesses d'usines et de création d'emplois. Sans oublier le fi­nancement des partis politiques."

Dans ce contexte, l'Etat doit à la fois dégager des économies sur les médicaments courants et mieux financer les traitements innovants et onéreux, notamment ceux des cancers, le tout dans une France "accro" aux médicaments, résume Le Monde. Le gouvernement étudie quatre pistes : s'attaquer aux rentes de situation, mettre fin aux prescriptions inutiles, réduire le prix des génériques et encadrer le prix des nouveaux médicaments.

"Il faut mettre fin à certaines rentes de situation des laboratoires et éviter le chantage à l'emploi avec les cotisations des assurés sociaux et des adhérents mutualistes", estime, dans le supplément du Monde (page 6), Jean-Martin Cohen Solal. Le délégué général de la Mutualité Française souligne que 961 millions d'euros d'économies au­raient pu être réalisés en 2012 si le principe de substitution avait été correctement appliqué. Et en élargissant encore le répertoire des génériques, 400 millions d'euros supplémentaires auraient pu être dégagés. Autre économie possible : le déremboursement des spécialités (près de 500) dont le service médical rendu a été jugé insuffisant par la Haute Autorité de santé (HAS).

La deuxième piste consisterait à mettre fin aux prescriptions inutiles. "Il y a davantage de prescriptions, ce sont des enjeux de comportements, soulignait récemment la ministre de la Santé. Aux Pays-Bas, quand vous sortez de chez le médecin, vous avez une ligne et demie en moyenne de prescription sur votre ordonnance ; en France, c'est cinq lignes." Troisième action possible : favoriser les génériques, qui ne représentent actuellement qu'un quart des prescriptions. Ils sont aussi plus chers en France que dans le reste de l'Europe, car leur prix inclut la rémunération des pharmaciens pour les inciter à la substitution, explique Le Monde.

Dernier levier d'action : éviter une flambée des prix des nouveaux médicaments, notamment dans le traitement des cancers. "Ce n'est pas parce qu'un médicament a obtenu une autorisation de mise sur le marché qu'il doit être remboursé à n'importe quel prix", es­time Gilles Bouvenot, président de la commission de transparence de la HAS. Des considérations économiques délicates à faire passer auprès des malades concernés par des traitements vitaux…

A lire aussi dans la presse - Retraites : ouverture du chantier pénibilité

La loi sur la réforme des retraites n'est pas encore promulguée, mais le gouvernement travaille déjà à la mise en œuvre de l'une de ses mesures phares : la prise en compte de la pénibilité, rapportent Les Echos (page 3). La ministre des Affaires sociales et le ministre du Travail réunissent ce matin le premier comité de pilotage sur le compte de prévention de la pénibilité, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2015. Les salariés qui sont exposés à un travail pénible pourront suivre une formation leur permettant de changer de métier, réduire leur temps de travail ou partir plus tôt à la retraite. Mesure clef du dispositif, la fixation des seuils à partir duquel un métier est considéré comme pénible sera déterminée par décret.

"C'est une bonne chose d'avoir prévu une palette de solutions", es­time Serge Volkoff dans un entretien aux Echos. Ce chercheur au Centre d'étude pour l'emploi et membre du comité de rédaction du magazine Santé & travail identifie toutefois certaines limites. "Le principal défaut du compte pénibilité, c'est qu'il risque de créer une division entre les salariés jeunes, qui pourront accumuler des points tout au long de leur carrière s'ils sont exposés à la pénibilité, et les plus âgés, qui n'en auront pas le temps, parce qu'ils seront trop proches de leur retraite", estime le statisticien. "On voit bien que, pour éviter cet écueil, il faudrait permettre un départ anticipé à une population beaucoup plus large, ce qui serait nettement plus coûteux."

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)