Médicament : les effets pervers des déremboursements

Les déremboursements de certains médicaments ne sont pas forcément synonymes d’économies pour la Sécurité sociale. C’est en tout cas ce que révèle une étude récente de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes). Cet organisme a observé la composition des prescriptions rédigées à la suite de la vague de déremboursement de 2006. Ce travail est "observé de près", signalent Les Echos (page 3), car une série de médicaments insuffisants, dont les veinotoniques, seront déremboursés à compter du 1er janvier. Ils étaient pris en charge à 15% depuis un an.

Selon l’Irdes, le déremboursement en mars 2006 des mucolytiques et des expectorants classés en service médical rendu (SMR) "insuffisant" a eu un faible impact en terme financier puisque les prescriptions se sont reportées vers d’autres spécialités. Les auteurs constatent dans un premier temps que "le nombre de consultations avec prescription d’expectorants a été divisé par deux". Cette chute s’observe en particulier pour les bronchites, comme pour l’asthme, la toux, les affections aiguës des voies respiratoires ou les otites, rapporte le quotidien économique.

Pour autant, le nombre moyen de médicaments différents prescrits au cours d’une consultation est identique avant et après le déremboursement : 3,3 produits différents. Certaines spécialités bénéficient de ces reports de prescription. Les antitussifs et les broncho-dilatateurs sont ainsi davantage indiqués par les médecins pour les affections aiguës des voies respiratoires et la toux. En ce qui concerne l’asthme, les anti-inflammatoires non-stéroïdiens sont désormais privilégiés. On note aussi une hausse des "analgésiques et les corticoïdes pour quasiment tous ces diagnostics".

Sur le plan économique, les résultats obtenus par les déremboursements "sont plus que discutables", estiment Les Echos. Le coût total d’une ordonnance ne varie pas : 29,40 euros avec une prise en charge de 15,40 euros de l’assurance maladie. D’après l’Irdes, "en termes de rationalisation des dépenses", il est donc difficile de mesurer l’impact de ces déremboursements. En outre, l’enquête "sous-estime sans doute le coût pour le patient" de plus en plus confronté à "d’éventuelles dépenses en automédication".

A ce titre, annonce La Tribune (page 6), en 2008, "l’automédication ne décollera pas aussi rapidement que l’espéraient le gouvernement et les industriels". En effet, le décret censé autoriser la vente en accès libre dans les pharmacies de certains médicaments est reporté pour plusieurs motifs. Le principal est d’ordre juridique. Le Code de déontologie des pharmaciens prévoit que le professionnel "veille à ce que le public ne puisse accéder directement aux médicaments". Certains experts redoutent aussi que cet accès libre "entraîne un report des prescriptions vers les médicaments toujours remboursés, provoquant une hausse du prix des produits en libre-service".

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Gérard Larcher a présenté le 21 décembre un premier bilan de la mission qu’il mène sur l’hôpital. Selon La Tribune du 24 décembre (page 19), l’ancien ministre délégué au Travail, souhaite entre autres "remédier à l’insuffisance des liens entre la médecine de ville et l’hôpital". D’après lui, 70% des passages aux urgences ne sont en effet pas "justifiés".

Il envisage aussi de s’attaquer à "l’hétérogénéité des conditions financières d’accès aux soins" et aux dépassements d’honoraires. Pour cela, une convergence des tarifs entre établissements publics et privés pourrait être mise en place. Par ailleurs, la mission voudrait que soient restructurés les plateaux techniques chirurgicaux dont l’activité n’est pas suffisante et développer les coopérations entre l’hôpital public et les cliniques privées, rapportent Les Echos du 24 décembre (page 2).

Gérard Larcher s’inquiète également de l’intérêt manifesté par les fonds d’investissement internationaux pour les cliniques. Leurs objectifs de rentabilité sont en effet incompatibles "avec les préoccupations de service public". Le rapporteur regrette également la "mauvaise prise en charge des maladies chroniques" et préconise le développement des "maisons de santé". Le rapport définitif de cette mission doit être rendu à la mi-avril, "le temps de transformer ces premières idées en propositions concrètes", annoncent Les Echos.

Frédéric Lavignette

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