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Médicament : baisse inédite des dépenses en 2012

Alors que la France est championne de la consommation médicamenteuse, l’année 2012 a été marquée par une baisse de 0,8% des dépenses pour un montant de 22,7 milliards d’euros. Au crédit de cette évolution inédite depuis des années : l’utilisation accrue des génériques, des baisses de prix et de volumes, a indiqué la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) le 29 mai.

Pour la première fois depuis des années, les remboursements de médicaments ont enregistré une diminution de 0,8% en 2012. Ce recul peut paraître timide au regard des dépenses colossales qui atteignent 22,7 milliards d’euros, contre 22,8 milliards en 2011.

Néanmoins, cette "année inédite" dénote un "changement important de tendance par rapport aux années 2000" durant lesquelles les rythmes de croissance oscillaient plutôt entre "4 à 6% par an", a indiqué le mercredi 29 mai Mathilde Lignot-Leloup, directrice déléguée à la gestion et à l’organisation des soins à la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). "La baisse est encore plus marquée, soit – 1,6%, lorsqu’on ne prend pas en compte la rétrocession hospitalière", c’est-à-dire les médicaments délivrés à l’hôpital, a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse.

Tiers payant contre générique

Pour Mathilde Lignot-Leloup, trois leviers ont permis d’aboutir à ce résultat encourageant. Tout d’abord, l’accord conclu en avril 2012 entre l’assurance maladie et les pharmaciens d’officine sur le "tiers payant contre générique" a engendré "une économie de 1,5 milliard d’euros sur l’année, un montant deux fois plus élevé qu’en 2007". Grâce à cet accord, le taux de substitution est passé de 71,7% en avril 2012 à 83,6% en fin d’année dernière.

L’anticholestérol Tahor® (atorvastatine), une statine génériquée depuis mai 2012, en est l’exemple parfait ! Situé à la première place des médicaments les plus vendus en 2010 et 2011, il occupe désormais la septième place du classement. Rien que pour ce médicament, l’assurance maladie a économisé 115 millions. Autres exemples : après une ascension fulgurante, l’antiulcéreux Inexium® (éso­méprazole) est devenu le deuxième produit le plus remboursé en 2010 avant de redescendre à la 37e place… L’antiagrégant Plavix® (clopidogrel) est 21e alors qu’il était encore premier en 2009.

Deuxième explication à la réduction des dépenses : des "baisses tarifaires significatives" ont généré une économie totale de "831 millions d’euros". Enfin, le troisième levier réside dans la diminution des volumes qui a été "bien plus marquée en 2012, avec – 1,3%", au lieu de "– 0,8% en 2011". Un point positif quand on sait que la France est "un pays dans lequel on a traditionnellement une part importante de consommation des médicaments", rappelle Mathilde Lignot-Leloup.

La majorité des classes ont été touchées : les anti-inflammatoires (– 32,6%), les médicaments contre l’ostéoporose (– 16,6%) et la maladie d’Alzheimer (– 9%), les psychotropes (– 3,2%), les antihypertenseurs et thérapies coronariennes (– 1,4%). A noter que les déremboursements de produits dont le service médical rendu a été jugé insuffisant par la Haute Autorité de santé (HAS) ont eu également un effet.

Le Lucentis®, le plus coûteux

En opposition à cette tendance générale, des effets structurels persistent à faire grimper les dépenses. Comme les années passées, l’assurance maladie met notamment en avant comme "principal facteur de croissance des dépenses" une "tendance à prescrire, à nombre de boîtes égal, des médicaments de plus en plus onéreux". Pour la Cnam, cela "traduit à la fois la part croissante des médicaments coûteux au sein d’une même classe thérapeutique ainsi que l’augmentation des pathologies nécessitant des traitements onéreux".

C’est d’ailleurs le cas du Lucentis® (duranibizumab), indiqué en cas de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), désormais premier du classement. Ce médicament fait l’objet d’une controverse, car l’Avastin® (bévacizunab), beaucoup moins cher mais tout aussi efficace, n’est pas indiqué pour cette pathologie et ne peut donc pas être prescrit par les médecins… La Cnam est donc "favorable à l’octroi d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU)", ce qui est possible grâce à la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2013.

A l’instar de la DMLA, les pathologies lourdes telles que le VIH, les hépatites, les cancers, ou encore la polyarthrite rhumatoïde constituent le "moteur de croissance des dépenses" : une hausse de 421 millions d’euros a été comptabilisée en 2012. En comparaison, celle-ci était de 249 millions l’année précédente. Ce phénomène s’explique notamment par l’arrivée de nouveaux produits, tels que Incivo® et Victrelis® pour le traitement des hépatites.

En revanche, les dépenses concernant les épisodes de maladies aiguës, comme la grippe ou la gastro-entérite, ont chuté de 473 millions d’euros. Celles des pathologies chroniques (diabète, asthme, hypertension…) connaissent aussi "une pente décroissante", avec – 143 millions d’euros en 2012. Cette baisse était respectivement de 103 millions en 2011 et 118 millions en 2010.

Paula Ferreira

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)