Mediator® : nouveau rapport accablant

Commandé en juillet 2011 à trois experts scientifiques par les juges chargés d'instruire l'affaire du Mediator®, un nouveau rapport rendu public vendredi confirme les précédentes conclusions accablantes du rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) de janvier 2011.

Très critiques vis-à-vis du laboratoire Servier, qui a commercialisé ce médicament depuis 1976, les experts confirment par exemple que le Mediator®, "présenté comme un traitement d'appoint du diabète, possédait bien des pro­priétés anorexigènes puissantes, et appartenait à une famille de molécules (fenfluramines) apparentées aux amphétamines", rapporte La Croix (page 5)

Compte tenu de ces propriétés, les rapporteurs considèrent que la vente du produit aurait dû être interrompue entre 1998 et 2003 par Servier ou au moins par les autorités. Les premiers signalements de'effets indésirables maladies auraient d'ailleurs dû suffire à engager l'interdiction. Or, remarquent Les Echos (page 21), "il a fallu attendre novembre 2009 pour qu'il soit suspendu et juillet 2010 pour qu'il soit définitivement retiré du marché".

Le Mediator® est en effet à l'origine de deux pathologies, rappelle La Croix : les valvulopathies et les hypertensions artérielles pulmonaires (HTAP). Pour ces dernières, le nombre de victimes est encore incertain. En revanche, le nombre de décès causés par les premières est fixé estimé entre 220 et 300 à court terme, et entre 1.300 à 1.800 à long terme. Les hospitalisations pour insuffisance valvulaire sont de leur côté évaluées entre 3.100 et 4.200, indiquent Les Echos.

Le laboratoire Servier est accusé d'avoir "occulté la nature exacte de son médicament et sa très grande proximité pharmacologique avec deux autres, le Pondéral® et l'Isoméride®, des coupe-faim interdits en 1997 en raison de leur dangerosité", ajoute La Croix. Dans le même esprit, les experts constatent que le laboratoire n'a pas fourni "d'informations lisibles" sur le métabolisme du produit. Une "omission" qui "n'a pas permis aux praticiens d'exercer une surveillance adéquate des patients sur le plan cardiovasculaire et pulmonaire".

Des mesures en vue pour redresser les comptes publics
Avant de le transmettre à Bruxelles à la fin du mois, le gouvernement présentera mercredi, en Conseil des ministres, le programme de stabilité qui définira les prévisions budgétaires de la France et le plan de réformes à mettre en place pour réduire les déficits.

Afin de ramener le déficit national à moins de 3% du PIB, comme le souhaite la Commission européenne, le ministre du Budget, Bernard Cazeneuve, a d'ores et déjà annoncé une "donnée clef", préviennent Les Echos (pages 2 et 3) : "Le gouvernement entend réduire le déficit structurel (hors effets de la conjoncture) de 1 point de PIB l'an prochain, soit un nouvel effort de quelque 20 milliards en perspectives."

Déjà, pour cette année, le déficit public national devrait être de 3,7%. Pour 2014, le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, table sur 2,9%, un chiffre "qui fait office de compromis entre ce que Paris voulait initialement prévoir (3%) et ce que Bruxelles réclame", écrit Le Figaro (page 23).

Pour parvenir à un tel redressement, poursuivent Les Echos, le gouvernement a surtout décidé de réaliser des économies, même s'il ne renonce pas à de nouveaux prélèvements obligatoires. Ceux-ci devraient en effet représenter 46,3% du PIB en 2013 (contre 44,9% en 2012), puis atteindre "un pic de 46,5 % en 2014", un "niveau record", soulignent Les Echos. "Au final, indique le quotidien, les prochains textes comprendront donc un solide volet de prélèvements fiscaux et sociaux supérieurs à 10 milliards." Les entreprises comme les ménages seront par conséquent impliqués, avec, pour ces derniers, "une probable hausse des cotisations retraites".

Pour ce qui est des économies, "le programme de stabilité prévoit un effort portant à 70% sur les dépenses", prévient Le Figaro, d'autant que leur poids dans le PIB va encore augmenter cette année à 56,9%. En 2014, le gouvernement prévoit de les ramener à 56,4%. Pour ce faire, il "a déjà annoncé que les dotations aux collectivités baisseraient de 1,5 milliard d'euros et que les dépenses de l'Etat seraient aussi réduites de 1,5 milliard (hors dette et pensions)".

Mais c'est surtout du côté des dépenses sociales que l'Etat entend agir. Toujours selon Les Echos, l'objectif des dépenses d'assurance maladie (2,6% en 2014) ne devrait pas être abaissé, mais "des économies importantes devront être trouvées sur les retraites (en plus des mesures prises à l'Arrco-Agirc) et les prestations familiales".

Frédéric Lavignette